Radio-Canada, nous rentrons la tête haute!

Lettre au public, à tous ceux qui nous ont soutenus, à tous les signataires de pétitions qui ont réclamé la fin de ce lock-out et le rétablissement de leur télévision et de leur radio publiques...

Ubald Bernard est vice-président du Syndicat des communications de Radio-canada et responsable de la négociation; Pierre Cyr, Alex Levasseur, Boguslav Podorski, Caroline Trudel sont membres du comité de négociation.





Les gains obtenus au terme de ce conflit et les demandes restées sur la table, les médias les ont expliqués en long et en large et nous ne les répéterons pas ici.


Ce qui a été obtenu dans cette lutte, dans les débats qu'elle a suscités entre nous et surtout publiquement, c'est la confirmation que la télévision et la radio de Radio- Canada ont un sens, sont nécessaires, tant et aussi longtemps qu'elles rempliront un rôle spécifique.


Vous nous avez dit ce qui vous manquait le plus à vous, public, qui vous êtes exprimé durant ce conflit, et ce sont les nouvelles internationales couvertes avec le regard de nos correspondants, des analyses de fond sur toutes sortes d'événements et de phénomènes qui bousculent notre société, un véhicule culturel, sensible et ouvert à toutes les tendances, des débatsÉ bref, c'est la différence qu'offrent la radio et la télévision publiques. Différence que nous avions presque oubliée face à un discours qui cherchait à nous convaincre qu'il fallait ressembler de plus en plus à ce qui se fait ailleurs pour répondre aux attentes des commanditaires et aux exigences de la concurrence.


Les engagements pris par la haute direction à la toute fin de ce conflit ne sont pas anodins. Ils nous permettent, nous, créateurs et artisans, de poser des questions à ces gestionnaires, de connaître les obstacles, d'intervenir, de débattre de l'avenir de notre entreprise, de sa place et des enjeux de l'industrie de la radio et de la télédiffusion, d'aider aussi à ce que Radio-Canada soit mieux financée s'il le faut. À cet égard, c'est une première. Nous devenons partenaires actifs dans la bataille sur l'avenir de la télé et de la radio publiques. Non, nous ne lâcherons pas le public qui tient à Radio-Canada.


Mais pour arriver à cela, il faut d'abord retrouver une vraie place dans la maison de Radio-Canada. C'est maintenant connu, la gestion des ressources humaines, réseaux anglais et français, accuse des failles majeures. Ce conflit a permis de faire connaître publiquement cette situation. Les engagements de Radio-Canada dans la lettre d'entente soumise en fin de parcours à nos membres démontrent que le message a été entendu. Il y a là une amorce de solution, un acquis. Mais nous avons compris qu'il faudra tous ensemble, patrons, employés, aller plus loin. Nos membres fortement mobilisés par ce conflit sont prêts à mettre les efforts qu'il faudra pour changer la culture interne de notre entreprise. La morosité, l'arbitraire, l'iniquité, les abus de pouvoir n'ont plus leur place. Il faut pouvoir enfin travailler l'esprit libre.


Les engagements de l'employeur seront sans effets si nous ne sommes pas vigilants, ça aussi, nous l'avons compris. Vigilance pour l'égalité salariale hommes-femmes, vigilance pour que les nouvelles conditions de travail des employés précaires soient respectées, vigilance pour que cessent des attitudes et des processus de travail contreproductifs.


Nous rentrons solidaires et la tête haute. Ce long lock-out inexplicable demeure inexpliqué. Vous, le public, avez été lésé. Mais nous avons retrouvé espoir. Nous sommes prêts maintenant à canaliser cette détermination et cette force collectives vers un objectif bien précis: faire de Radio-Canada une référence incontournable à tous égards. Et nous aurons besoin de vous, vous, les propriétaires de Radio-Canada. Votre support nous a donné et nous donne encore tous les courages.