Le sort des enfants entre les mains des États

Il faut souhaiter que la voix des enfants ait véritablement été entendue et qu'on les considère enfin comme les héritiers du monde et non plus seulement comme une source de progrès.

Lors de la première séance plénière de la session extraordinaire des Nations unies consacrée aux enfants, du 8 au 10 mai 2002, des représentants du Forum des jeunes ont lancé un message demandant à être considérés non pas seulement comme l'avenir mais aussi comme le présent. La participation des enfants à cette assemblée générale représente peut-être un précédent; toutefois, elle ne garantit pas que les États agiront selon les principes qu'ils ont établis.


La session extraordinaire des Nations unies consacrée aux enfants était destinée, en grande partie, à faire le point sur l'amélioration du sort des enfants du monde depuis le Sommet mondial sur l'enfance, en 1990. Celui-ci avait permis à la communauté internationale de se pencher davantage sur les différents problèmes affectant le bien-être et le développement des enfants autour du globe. Les États présents avaient alors souscrit à la Déclaration mondiale en faveur de la survie, de la protection et du développement de l'enfant, ainsi qu'à un plan d'action précis.


Cependant, malgré des objectifs simples et des avancées remarquables, la décennie 90 n'a pas été couronnée de tous les succès escomptés.


En effet, la situation des enfants dans le monde demeure inquiétante. Selon l'UNICEF, plus de 30 millions d'enfants ne bénéficient pas de campagnes de vaccination adéquates; un enfant sur trois souffre de malnutrition; plus de 100 millions d'enfants n'ont toujours pas accès à une éducation de base et les inégalités entre les sexes sont encore présentes; des millions d'enfants continuent de souffrir des conflits armés. La session extraordinaire a donc permis aux États membres des Nations unies de réitérer leurs engagements. La déclaration finale, intitulée Un monde digne des enfants, reprend les objectifs définis en 1990 et réaffirme les priorités sur les plans de la santé, de l'éducation, de la protection contre la maltraitance, l'exploitation et la violence ainsi que de la lutte contre le VIH-sida. Un nouveau plan d'action fixe d'ailleurs les démarches à suivre en ce sens.


Tout d'abord, le plan d'action prévoit, pour l'amélioration de la santé des enfants, de réduire le taux de mortalité des nourrissons et de malnutrition des enfants de moins de cinq ans d'au moins un tiers. Toujours selon le rapport de l'UNICEF, La situation des enfants dans le monde 2002, les taux de malnutrition infantile n'ont été réduits que de 17 % dans les pays en développement alors qu'il était prévu de les réduire de moitié au cours de la dernière décennie.


La situation de l'eau potable est également inquiétante puisque plus de un milliard de personnes n'y ont toujours pas accès et que le double ne disposent pas de systèmes d'assainissement adéquats. Il appartient donc aux pays industrialisés d'accroître leur aide afin de financer des projets de développement à caractère sanitaire, et ce, afin de favoriser un meilleur développement physique des enfants vivant dans les pays défavorisés.


Ensuite, davantage d'efforts doivent être déployés afin de réduire la progression du VIH-sida chez les enfants. Sur ce plan, les États s'engagent à prendre des mesures d'urgence et à fixer d'ici 2005 des objectifs nationaux pour réduire de 25 % la pandémie parmi les jeunes de 15 à 24 ans dans les pays les plus touchés ainsi que pour la réduire de 25 % à l'échelle mondiale avant 2010. Le plan d'action vise également une réduction de 20 % d'ici 2005 et de 50 % d'ici 2010 de la proportion d'enfants infectés par le VIH-sida. Des mesures éducatives devront être mises en place pour que, d'ici 2010, tous les jeunes de 15 à 24 ans aient accès à l'information sur le VIH-sida.


De même, au chapitre de l'éducation, le plan d'action veut permettre un accès à l'éducation primaire à tous les enfants, notamment aux jeunes filles, qui représentent la majorité des enfants qui ne vont pas à l'école. Cet accès accru à l'éducation de base implique également de meilleures conditions sociales pour les enseignants — notamment de meilleurs salaires, plus d'équipements pédagogiques et moins d'élèves en charge — et une meilleure formation.


Enfin, sur le plan de la protection, plusieurs dossiers devront être menés de front. De nombreux enfants vivent dans des conditions telles que leur vie est mise en danger chaque jour, et leur protection suppose donc que les États accordent une attention particulière aux droits de l'enfant. Ainsi, il est prévu de renforcer les mesures de protection spéciale, comme la Convention no 182 de l'Organisation internationale du travail sur l'interdiction des pires formes de travail et les deux protocoles facultatifs à la Convention relative aux droits de l'enfant, l'un portant sur la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants, et l'autre portant sur l'implication des enfants dans les conflits armés.


Les progrès dans le domaine des droits de l'enfant au cours de la dernière décennie sont indéniables mais demeurent cependant insuffisants au point de vue de la mise en application et du développement de mécanismes de suivi adéquats.


Le bilan à l'issue de la session extraordinaire consacrée aux enfants reste pourtant mitigé, les objectifs fixés lors du Sommet mondial de 1990 n'ayant pas été atteints. Il est certain, par contre, que les États semblent de plus en plus conscients de la nécessité d'améliorer le sort des enfants. Leur engagement à augmenter leur aide publique au développement demeure un élément crucial car cela permettrait sans doute de diminuer le nombre des 600 millions d'enfants vivant dans la pauvreté extrême.


Il faut souhaiter que la voix des enfants ait véritablement été entendue et qu'on les considère enfin comme les héritiers du monde et non plus seulement comme une source de progrès.





Katia Gagné est hercheure à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal; www.dandurand.uqam.ca