Impasse à Radio-Canada: le devoir de transparence

Il y a impasse à Radio-Canada. Il y a obligation publique de la dénouer. Le respect, nous l'avons réclamé de toutes les façons, le mot commençe à perdre son sens. Non, ça ne se négocie pas. La situation doit-elle pourrir pour autant, privant nos auditeurs et nos téléspectateurs plus longtemps de leur radio et de leur télé? Non.

Comme employée depuis plus de 20 ans de cette maison, je pense que le respect se gagne des deux côtés, et il commence par la transparence. Aujourd'hui, Radio-Canada a un devoir de transparence; nous, de notre côté, avons le devoir d'écouter.

Transparence sur les raisons du lock-out. Casser un syndicat, donner une leçon aux syndiqués francophones avant de négocier avec leur contrepartie anglophone? Affecter Radio-Canada à un point tel que la nécessité d'une télé et d'une radio publiques aura perdu tout son sensÉ Mort lente et clé dans la porte? M, Rabinovitch, en se taisant, nous a-t-il montré où il loge, où il nous loge?

Transparence sur ce qui se cache sous ces mots tant de fois répétés publiquement dans les communiqués et les publicités de Radio-Canada, deux mots: «gestionnaires responsables». Pourquoi Radio-Canada ne veut, ne peut-elle pas accorder un certain nombre de permanences à des artisans de la télé générale et de la radio générale qui sont à son emploi depuis cinq ans, dix ans, voire davantage? Avons-nous raison de chercher à colmater les brèches par crainte d'une privatisation lente, privatisation déjà en place à la télé et en voie, craignons-nous, de gagner la radio? Nos «gestionnaires responsables» peuvent-ils calmer, oui ou non, nos craintes? Peuvent-ils dire publiquement, enfin, pourquoi ils disent non? Quelle est leur marge de manoeuvre? Quels sont leurs objectifs à court, moyen et long terme?

Transparence sur l'échiquier politique aussi. Ce cul-de-sac aujourd'hui n'est-il que le reflet du cul-de-sac dans lequel nos gestionnaires sont eux-mêmes placés par un gouvernement, un premier ministre et une ministre du Patrimoine vendus aux diktats des propriétaires de chaînes privées, généralistes et spécialisées ainsi que de l'industrie privée de la production télévisuelle et radiophonique?

La bataille pour la radio et la télévision publiques, significatives, de qualité, nous pourrions la gagner avec et non contre nos gestionnaires si nous avions la conviction qu'ils la mènent aussi.

Transparence sur la gestion des ressources humaines. Nos gestionnaires peuvent-ils nous dire s'ils ont en tête une volonté et un plan précis, structuré, pour rétablir un climat de travail hautement détérioré? Un plan autre que des retrouvailles tout sourire, des beignes et du jus d'orange à l'accueil?

Pour avoir confiance, il faut des signes. Nous avons été mis en lock-out par manque de confiance. Nous n'acceptons pas encore de rentrer à la maison également par manque de confiance. La toile de fond toujours nébuleuse crée l'impasse. Si l'échec de ces négos tient à la précarité de Radio-Canada comme producteur d'émissions (et j'exclus ici l'information), nous avons le droit de le savoir. Le public aussi a le droit de le savoir. Si l'échec de ces négos tient uniquement à une stratégie de bras de fer, alors là, nous serons tous perdants, gestionnaires, artisans, créateurs, y compris le public.

Nous avons beaucoup, beaucoup parlé... à nos gestionnaires la parole.