Le droit de commenter

Je partage les préoccupations qui sous-tendent le texte de madame Sylvie Marchand intitulé « Un peuple mort de rire » et publié dans l’édition du 19 janvier du Devoir. L’idée que l’omniprésence de l’humour au Québec devrait nous inquiéter, par ailleurs brillamment exprimée par Mathieu Bélisle dans son Bienvenue au pays de la vie ordinaire, doit continuer à faire son chemin. Ce texte y contribuera, je l’espère. J’aimerais toutefois ajouter deux nuances qui me paraissent essentielles.

Premièrement, le seul fait de rire, même souvent, n’est pas ce qui est problématique. Évoquer le nom de Marc Favreau devrait suffire à démontrer qu’on peut à la fois rire et vivre (ou penser). Tout ce qui tombe sous le vocable « humour » n’est en effet pas égal, ce qui s’applique également aux émissions de fin d’année…

Deuxièmement, il m’apparaît essentiel de ne pas poser la question « En quoi être humoriste donne-t-il le droit de commenter l’actualité et la politique ? », mais plutôt « Pourquoi les avis des humoristes reçoivent-ils toute l’attention qu’on leur accorde ? ». En effet, participer au débat public, si c’est un « droit », doit être un droit universel. Aborder la question autrement nous amène dans cet univers dangereux où il faudrait se limiter à écouter « les experts », notion galvaudée s’il en est une…

Le fait que Dédé Fortin n’était pas urbaniste ne change rien au fait que la chanson La rue Principale demeure un des commentaires les plus pertinents que j’aie jamais entendus sur le sujet. L’Amérique pleure et Plus rien, des Cowboys Fringants, sont de la même façon des commentaires importants qu’il serait dangereux de ne pas écouter en se demandant qui a le droit de parler alors qu’on devrait plutôt se pencher sur ce qui est dit.

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