Ce vaste champ de mines

Le journaliste Jean-Louis Bordeleau nous rappelait, dans son plus récent texte, l’horreur des mines antipersonnel. Des mines qui sont souvent prises pour des jouets et qui mutilent aussi des enfants, ce qui n’enlève en rien, ici, la souffrance des autres victimes.

Comment des ingénieurs, des gens éduqués, donc, peut-être parents eux aussi, peuvent-ils concevoir, sans états d’âme, ces engins diaboliques ? Nous rejoignons ici, je crois, la banalité du mal, expliquée par la philosophe Hannah Arendt. Ces ingénieurs obéissent aveuglément à l’entreprise qui les engage, au conformisme idéologique, à l’autorité politique et à leur salaire en concevant un objet, peut-être une pièce, possédant un numéro, leur donnant l’illusion qu’ils ne font rien de mal. Et ces gens paient leurs impôts et vont probablement à la messe le dimanche pour se faire dire que Dieu, qui est bonté et miséricorde, triomphera du mal et du diable, quand, à bien y penser, les démons sont peut-être assis là, sur les bancs d’église, vêtus du déguisement de la normalité, mais capables d’inventer des objets pouvant apporter l’enfer sur terre.

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