La galère de l’hôpital public

Aujourd’hui, la cafétéria de l’hôpital servait comme repas syndical deux hot dogs, des frites et de la salade de chou. Comme si, même à la cafétéria, on avait oublié l’idée de bien faire les choses, abandonnés que nous sommes dans notre galère…

Aujourd’hui, j’ai encore vu trop de malades. J’ai passé beaucoup de temps à m’excuser pour un système dysfonctionnel dont je ne suis pas responsable.

J’ai consolé le monsieur qui attendait son scanner depuis six mois et qui l’a enfin eu : il a un cancer métastatique qui ne l’était peut-être pas il y a six mois.

J’ai passé 10 minutes à expliquer à un monsieur fâché d’attendre son opération depuis trois mois que certains avec le même problème que lui attendaient depuis un an.

J’ai passé 15 minutes à expliquer à une dame qui part le 17 décembre pour la Floride (179 jours) que ça ne rendait pas son opération non urgente plus urgente.

J’ai reçu gentiment ce monsieur qui avait vu un urologue en privé, à fort prix (environ six fois le prix au public), et qui souhaitait avoir des informations sur l’opération qu’il va subir. « Mon urologue privé n’a pas le temps de m’expliquer. J’aime mieux avoir un urologue “RAMQ”, vous avez plus de temps ! »

J’ai vu quatre nouveaux patients pour des cancers qui doivent être opérés dans les 30 prochains jours, surveillance oncologique et ministérielle oblige. Mes programmes sont complets jusqu’à Noël.

Enfin, on m’a crié au visage : « Ça fait 25 ans que je paie des impôts pis t’es même pas capable de trouver deux heures pour m’opérer ! »

J’ai eu quelques fois envie de sortir d’une salle d’examen en silence, de prendre ma veste et de rentrer chez moi. Sans rien dire à personne. J’ai finalement dit que j’allais aller au privé, moi aussi, pour faire de la chirurgie ambulatoire auprès de gens peu malades, reconnaissants, et pour rentrer chez moi à 14 h et m’occuper de moi-même. « Tu es le seul qui ne l’avait pas encore dit ! » m’a répondu l’infirmière…

Le système est complètement malade et il rend tous ceux qui y travaillent malades eux aussi. Le privé saigne le public, qui ne s’en remettra jamais. Et aucune gouvernance ne semble s’en rendre compte. Si vous ne le saviez pas encore, il vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade.

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