Naufrage d’un grand parti

J’ai été très étonné d’apprendre que Marc Tanguay, chef par intérim du Parti libéral du Québec, songeait à réintégrer Marie-Claude Nichols au sein du caucus de son parti. Après avoir fait preuve d’un manque flagrant de solidarité, la députée a sonné la charge contre Dominique Anglade, qui a finalement quitté l’arène politique. Au chapitre des responsabilités dans cette affaire, elle était pourtant directement concernée. Il en résulte un nouveau fiasco que Marc Tanguay s’efforce de couvrir en pointant résolument un futur de plus en plus incertain. Ces épisodes dignes d’une parodie de la politique contribueront certainement à rebuter les électeurs qui sont ciblés par le Parti libéral dans sa reconquête de l’ensemble du territoire québécois.

Ce qui fut à une certaine époque un grand parti nationaliste et rassembleur est devenu méconnaissable. Pourtant, les dernières élections s’inscrivent nettement dans la perspective d’un déclin qui semble désormais irréversible. Les raisons de ce naufrage sont nombreuses, et au sein du parti, on évite soigneusement d’évoquer un passé douloureusement récent qui n’en est pas moins un fardeau très encombrant. Je crois que l’on peut désigner le règne de Jean Charest et ses suites malheureuses avec les odeurs de scandale ainsi que l’arrivée au pouvoir de Philippe Couillard comme les causes principales des brèches que l’on est incapable de colmater. La récente campagne a d’ailleurs été hantée par les fantômes de ce passé que l’on voudrait voir disparaître. La présence de Carlos Leitão, grand architecte de l’austérité imposée par Philippe Couillard, et son cadre budgétaire en forme de cafouillage s’ajoutent ici à la désertion des députés dans cette période sombre de la politique québécoise et aux difficultés de recrutement qui soulignent la précarité du parti à l’échelle de la province. Le pire est sans doute à venir, car les manquements actuels vont sans doute décourager certains électeurs au sein même des châteaux forts libéraux de la grande région métropolitaine.

Je m’inquiète de voir l’opportunisme et la poursuite des intérêts personnels qui caractérisent les individus qui occupent des fonctions supérieures et je me désole des effets de ces manquements éthiques sur la saine gestion du bien commun. Ainsi, face à la majorité écrasante de la CAQ, nous devrons désormais compter sur une opposition officielle des plus boiteuses. Je crois sincèrement que nous serions mieux servis par les députés de QS et du PQ, eux qui ont d’ailleurs plus de légitimité démocratique que le PLQ.

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