Qu’y a-t-il en un nom ?

Le jour de mon baptême, la famille décida de me donner les noms de deux de mes oncles anglo-protestants : Johny et Luke. Johny avec un seul n. Par la suite, je ne m’en suis jamais servi.

Vient le moment de s’inscrire à l’école primaire Sainte-Bernadette, où tous étaient blancs, catholiques et francophones. Le fait de porter un nom de famille à coucher dehors était un handicap jugé suffisamment lourd, et on décida que je m’appellerais Luc.

J’étais lourdaud, mais premier de classe parce que j’avais appris à lire, à écrire et à compter avant les chétifs bambins de Rosemont. On me fit même sauter la quatrième année (parce que j’étais gros et intimidant). Luc, c’est le nom dont je me servirais jusqu’à la fin du secondaire, où je fus rédacteur du journal étudiant dont le caricaturiste était Michel Rabagliati (name-dropping).

Puis ce fut l’inscription au cégep. J’étais devenu le poète bohème, et un nom comme Luc ne ferait jamais l’affaire. C’est alors que je devins Jean-Luc, ce qui faisait beaucoup plus romantique. Je garderais ce nom jusqu’à ma soixante et unième année.

Arriva mon cancer, qui me força à devenir une personne relativement normale avec tous mes papiers en ordre. Toutes les instances exigèrent que mon nom soit identique à celui qui figurait sur mon certificat de naissance : Johny Luke Bonspiel.

Dans l’ancienne Égypte, seule ta mère connaissait ton vrai nom, et tu devais te contenter d’un alias tout le reste de ta vie, de peur qu’on puisse t’atteindre en te jetant un mauvais sort.

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