Se vouer à tous les serments ?

Bien que nécessaire, le débat sur le serment des députés pourrait nous ramener à celui sur le sexe des anges, s’il n’y avait pas tant d’enjeux vitaux à débattre au Québec. Entre autres, la taille et les failles de l’appareil gouvernemental, qui atteignent des proportions historiques au point où on se demande si l’État-providence n’est pas devenu « paycide » ? Faut-il se demander si, en plus de l’assermentation des députés, celle des hauts fonctionnaires ne serait pas appropriée pour garantir leur allégeance ? Et pour empêcher une sacro-sainte pérennité étatique de fausser la responsabilité de la haute fonction publique ? Si ce n’est une immunité qui donne parfois l’impression que nos ministres mangent dans la main de leurs sous-ministres.

Il est ironique que ce troisième pouvoir bénéficie d’un anonymat durable, pendant que nos élus passent le meilleur de leur temps à défendre, sinon à excuser ses manquements auprès du public. Il devient difficile de justifier la taille et les budgets astronomiques de ministères tels la Santé et les Transports, dont la performance est depuis trop longtemps sous-optimale et de plus en plus paralysante. La majorité des ministères à Québec ont plus de sous-ministres adjoints que le cabinet compte de ministres. L’économie est certes primordiale, mais sa croissance pourrait être compromise par la pénurie de main-d’oeuvre alors que le nombre d’employés du secteur public au Québec atteint rapidement trois travailleurs sur cinq.

Quel serment des hauts fonctionnaires pourrait prévenir la promotion d’idées personnelles et la quête d’empires bureaucratiques hors normes ? Un contre-pouvoir salutaire tel la création de conseils d’administration ministériels composés de sages pourrait-il aider nos élus à assurer un contrôle plus serré de la gestion publique, à rétablir une confiance basée sur la transparence et à reconnecter le public avec ses institutions, dont la croissance est devenue pour nombre anarchique. Faut-il s’étonner qu’un des nouveaux ministres de la CAQ promette « de ne pas se faire avaler par la machine », un serment administratif qui, généralisé, serait fort bien accueilli des contribuables ?

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