Je suis honteuse de mon gouvernement

Monsieur Legault, chers élus et chères élues de la Coalition avenir Québec,

Aujourd’hui, après cette période d’élections québécoises, personne ne s’en sort réellement gagnant, sauf peut-être quelques tenants de stratégies malveillantes qui se délectent de la division et du pouvoir. En effet, les propos racistes et même mensongers qui se sont tenus dernièrement au sujet de l’immigration me restent encore en travers de la gorge et dépeignent notre société sous un bien mauvais jour. On en a entendu de toutes les couleurs, mais quand ces propos sont tenus par nos dirigeants, leur portée commande plus de retenue.

Me qualifiant, dans cette dualité que vous nous servez, comme étant de culture québécoise, je suis affreusement honteuse vis-à-vis des Farah Alibay, des Boucar Diouf et des Caroline Dawson, fières Québécoises et fiers Québécois issus de l’immigration qui nous honorent, pire, vis-à-vis de tous ceux et celles que je côtoie chaque jour, des collègues de travail, le chauffeur de taxi, le jeune du dépanneur qui, bienveillant, nous accueille toujours jovialement. Insupportablement honteuse.

Si l’on s’était attendu à un gouvernement qui favorise l’intégration des personnes
immigrantes, c’est tout le contraire qui se construit sous votre gouverne. J’entends des propos inacceptables de la part de connaissances bien mal informées par vos dires, à l’image de ce que légitime votre leadership. Non seulement suis-je en croisade pour rectifier ces dires, en plus, je me retiens d’aller demander pardon pour vos propos à plat ventre devant toutes les personnes immigrantes que je côtoie quotidiennement. Finalement, je tergiverse sur un slogan à inscrire sur un t-shirt, du genre « Je ne pense absolument pas tout bas ce que la CAQ dit tout haut ». Car je n’ose même pas l’imaginer, comment on se sent en ce moment quand on est issu de l’immigration.

Je ne sais combien de séries d’excuses ni combien d’années seront nécessaires pour réparer cette fracture sociale, pour refaire des ponts et établir une certaine confiance — jamais gagnée, semble-t-il — les uns et les unes envers les autres. Il me semble que la honte est dans mon camp, je déteste cette dualité imposée par votre leadership. J’ose espérer que nous sommes, Monsieur Legault, chers élus et chères élues de la CAQ, des alliées et alliés dans une même société, des alliées et alliés qui majoritairement n’ont pas voté pour vous.

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