Silence radio sur les salaires

En suivant les diverses déclarations, débats et autres analyses qui accompagnent comme d’habitude le sprint électoral actuel, j’ai remarqué que tout ce beau monde s’évertuait à trouver des moyens pour mitiger les impacts de l’inflation sur la population : baisse des impôts (pour la durée de l’inflation, on s’empresse de souligner), des chèques-cadeaux pour les plus démunis, etc. Il faut reconnaître que c’est un scrutin provincial, et le pouvoir provincial n’a aucun levier véritable pour combattre l’inflation à la source. Il n’est donc pas étonnant que la plupart des partis aient des suggestions similaires.

Ce qui m’étonne, c’est qu’aucun des protagonistes n’ait songé à inclure dans ses promesses une clause concernant l’indexation des salaires sur l’inflation. Je m’attendais à ce qu’au moins la gauche — QS ou PQ — s’y attarde un peu. Toute la rhétorique se concentre sur la mitigation des effets immédiats de l’inflation, créant une fausse perception chez la population qu’une fois qu’on sera sortis du bois, ce sera le retour à la normale, c’est-à-dire une inflation contrôlée de quelques petits points, et on pourra alors émettre un grand soupir de soulagement collectif.

La hausse de l’inflation, en tant que valeur de l’index, est bien entendu temporaire. L’activité économique finira par sortir de ce marasme. Le surplus de liquidités, engendré par les diverses mesures gouvernementales durant la crise du coronavirus ici et ailleurs, va finir par s’absorber par le réajustement des prix dont on est témoin. Ce qui restera, ce sont les nouveaux prix.

Un retour de l’inflation sous la barre des 3 % ne va pas ramener les prix à la consommation à leurs niveaux antérieurs. Les augmentations de prix vont demeurer. Il n’y a pas de précédent que les prix, une fois montés, aient redescendu, sauf en cas d’écroulement total de l’économie, qui rendrait d’ailleurs caduque toute discussion sur l’inflation.

Sans indexation des salaires, l’inflation va se traduire en fin de compte par une coupure importante des salaires réels de la population. On se demande : pourquoi donc ce silence radio généralisé sur le sujet ?

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