Campagne chez les «Ti»

Le langage n’est jamais neutre, il exprime nos idées, nos valeurs, nos ambitions. Je suis toujours un peu fasciné par cet usage répandu de la particule Ti dans le langage québécois. Enfant, comme bien d’autres camarades, j’avais un oncle Ti-Nord (Normand), frère de Ti-Paul, de Ti-Jo, et leur cousin Ti-Nest. Un préfixe que l’on retrouve aussi dans l’univers littéraire (Ti-Coq, Ti-Coune). Le Ti pullule aussi dans le commerce local : à Percé, il y a un hôtel Ti-Père et dans les régions du Québec, un vaste éventail de restaurants Ti-Jules, Ti-Gus, Ti-Frère

Peu d’experts en sociologie se sont penchés sur ce phénomène. Certains vont tenter l’explication de notre légendaire goût pour la familiarité. Pourtant, le Ti est loin d’être gentil ; pour atteindre ou réduire quelqu’un, ne fait-on pas appel au quolibet « pauvre Ti-clin » ? Chose certaine, le Ti est l’opposé du grand. Alors, aurait-on développé une allergie ou une gêne avec ce qui se rapporte au sens de l’honneur et de la grandeur ? Est-ce la raison du réducteur sobriquet Ti-Poil dont on a affublé l’un de nos plus grands premiers ministres ?

En politique, cet attachement au Ti rimerait-il aussi avec recherche du confort, dans le sens de « confort et indifférence » ? Une recherche d’une vie bon enfant, exempte de menaces et de défis ? Les défis, c’est tellement exigeant.

Dans l’actuelle déferlante de promesses électorales, venant autant de la gauche que de la droite, pour déterminer qui va « amener le plus d’argent dans notre portefeuille », une voix convie notre peuple à autre chose ; elle appelle au dépassement national, à l’accomplissement, à un avenir. Il faudrait peut-être l’écouter, comme dit la chanson. Sans le rêve et l’espoir, le goût de la vie ne risque-t-il pas de s’estomper, à la fin ?

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