Lettre à M. Molson

Cher Geoff Molson,

J’ai toujours été un fier partisan du Canadien de Montréal. D’accord ou pas, cette équipe est plus qu’une vulgaire franchise du circuit Bettman. C’est la fierté d’un peuple. C’est une partie importante du tissu social québécois, et même canadien. Qu’on soit francos, anglos ou allophones, peu importe les origines, cette équipe a, au fil du dernier siècle, réussi à servir de lieu de rassemblement commun pour tous les membres de notre société.

Évidemment, je comprends parfaitement que le Canadien inc. est également une entreprise et qu’à ce titre, le dividende et le profit représentent le dessein final. C’est par son statut de quasi-religion que le Canadien inc. a savamment réussi, dans les dernières années, à faire avaler aux partisans l’orgie incessante de publicité et le prix prohibitif des concessions alimentaires et houblonnées. Qu’à cela ne tienne, nous répondions présents !

Toutefois, en apposant l’écusson de la Royal Bank of Canada basée à Toronto sur cet uniforme sacré, vous venez de verser la goutte qui fait déborder le vase. […] Vous avez choisi de renoncer à ce statut mythique bâti par les Richard, Béliveau, Lafleur et autre héros afin de faire entrer le club dans la modernité mercantile pour quelques millions de dollars. Pour la troisième équipe la plus riche du circuit, permettez-moi de douter de l’inéluctabilité d’une telle décision.

Vous venez de ternir irrémédiablement le rapport émotif et amoureux entre le Canadien et le peuple. […]

Je ne vois malheureusement pas d’autre solution que de résilier mes billets et me résoudre à ne plus encourager cette équipe qui m’a tant fait rêver. Mon apostasie est en vigueur dès aujourd’hui. Comme le langage de l’argent est le seul que vous comprenez, je précise que je n’achèterai évidemment plus aucun produit Molson.

Je ne me berce pas d’illusion ; je me doute bien que ma démarche et celle de centaines d’autres partisans désabusés comme moi ne vous feront pas plier. Votre cupidité fait en sorte que les millions de dollars offerts par votre partenaire royal compenseront largement la déconnexion que vous venez d’opérer entre cette équipe et son peuple.

Soyez toutefois conscient que ce qu’il convient maintenant d’appeler le « Tridollar » a perdu son statut privilégié. Je vous invite d’ailleurs à mettre à jour la devise de l’équipe. Je vous suggère la suivante : Nos bras vendus vous tendent le flambeau, à vous toujours de le faire fructifier bien haut.

À voir en vidéo