Réflexion électorale sur l’état de notre système de santé

Nous assistons impuissants au démantèlement de notre système de santé. La pandémie nous a menés au bord du gouffre. Le dernier gouvernement nous a fait faire un pas en avant.

Fatiguées par les heures supplémentaires obligatoires et des conditions toujours plus difficiles, les infirmières quittent le réseau public pour le privé. Plus elles quittent l’hôpital, plus celles qui restent sont épuisées. Les blocs opératoires ferment faute de personnel. Le ministère signe des contrats avec des cliniques privées. Les patients sont alors en partie pris en charge dans le privé par les mêmes infirmières qui étaient à l’hôpital public la veille…

Les listes d’attente explosent. Incapables de travailler à l’hôpital, les médecins partent à leur tour.

Sans mode d’emploi, nous pouvons bien reconnaître que tout le monde a fait de son mieux pour survivre aux deux dernières années. Mais quid de la surprise de nos élus face à la pénurie de personnel à l’hôpital en sortie de pandémie ? Comment une telle déconnexion du terrain peut-elle nous rassurer sur un nouvel épisode de « refonte » du réseau ? Comment écouter sans cynisme toutes les propositions électorales qui promettent de tout régler en un tournemain, à force de privatisation ? PPP, c’est pour déshabiller Pierre Pour habiller Paul ?

La fatigue pandémique est partout et bien réelle. Je suis allé voir une collègue la semaine dernière pour obtenir un rapport d’examen fait il y a trois mois. Cela faisait trois fois que je remettais le rendez-vous de mon patient, faute de résultat. Elle m’a regardé les yeux pleins d’eau. « On est en train de se noyer », m’a-t-elle dit.

C’est un peu ça l’état d’esprit, à l’hôpital. On coule.

Le démantèlement est bien entamé. Avant d’aller voter, demandons-nous si nous voulons récupérer un système de santé public fonctionnel en stoppant l’hémorragie de personnel ou si nous souhaitons tout simplement l’abandonner…

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