Le cliché est mort. Vive le cliché!

« L’argent ne pousse pas dans les arbres, Monsieur Nadeau-Dubois. »

Et nous y revoilà, quarante ans de platitudes néolibérales plus tard, à nous faire asperger à nouveau par le gros boyau dégonflé de la droite économique. C’en est presque mignon, à vrai dire. Surtout quand ça se croit pour vrai.

Il n’en demeure pas moins que ce petit bijou d’originalité dont M. Duhaime nous a si gentiment gâtés lors du premier débat des chefs a de quoi nous faire réfléchir. Pas au sujet de la taxe sur l’essence ou des autres propositions « pansements » censées contrôler les dérives destructrices du capitalisme, mais plutôt au sujet de la question plus fondamentale qui oppose l’idée d’une économie basée sur le profit à celle d’une économie basée sur les besoins humains.

Les défenseurs du « libre-marché » et de la théorie du ruissellement, en premier lieu, devraient peut-être commencer à se demander et surtout nous expliquer comment cette dernière peut tenir la route si, justement, l’argent ne pousse pas dans les arbres. Parce que si la quantité d’argent en circulation est limitée (et oui, elle l’est, bien évidemment), alors j’aimerais bien savoir comment un système permettant, voire glorifiant, au nom de la liberté l’enrichissement sans borne des hautes sphères de la société est aussi censé permettre aux autres de s’enrichir ? Si de plus en plus d’argent se concentre au sommet, comment la base est-elle censée en avoir davantage elle aussi ?

Et pour la gauche, il serait peut-être temps de renverser pour de bon cette vieille narrative de l’utopie des arbres-à-cash, et rappeler aux gens que, si la redistribution de la richesse est nécessaire, c’est justement parce que l’argent ne pousse pas dans les arbres que tant que cette richesse continuera de s’accumuler en haut, elle continuera simultanément à se faire plus rare en bas.

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