Mon anarchie royale

La reine est morte, vive le roi ! clame-t-on depuis le décès d’Élisabeth II.

Comme beaucoup de gens, je n’ai connu Elizabeth Windsor qu’à titre de reine. Comme beaucoup de gens rivés à leur écran de télévision, j’ai assisté, au petit matin du 29 juillet 1981, au mariage du prince Charles (maintenant le roi Charles III) avec la « roturière » Diana Spencer. Et comme beaucoup de gens, j’ai été infiniment triste d’apprendre sa mort brutale le 31 août 1997. J’ai vraiment aimé cette femme, cette outsider qui s’est servie de son titre de princesse pour appuyer des causes, comme la lutte contre le VIH, les mines antipersonnel, etc. En fait, mon respect pour la royauté se limite à lady Diana Spencer, ainsi qu’au roi Édouard VIII, qui, lui, choisit d’abdiquer par amour plutôt que de rester dans le rang pour « servir ».

J’ai toujours eu de la difficulté avec les castes ; j’attends toujours d’ailleurs qu’un généticien me démontre la suprême valeur du sang royal. […] J’essaie de voir ce qui nous distingue, nous, pauvres sujets, de cette « famille illustre », de ce que l’on en connaît : des mariages d’apparat, des divorces nombreux, des relations adultérines, un prince qui trempe dans un scandale de pédophilie, des cousines qu’on prétend mortes (Nerissa et Katherine Bowes-Lyon) plutôt que de devoir avouer que le sang royal n’immunise pas contre des déficiences intellectuelles. En gros, une famille fortunée mais ordinaire, qu’on « botoxe » et qu’on « photoshoppe » pour tenter d’enlever les rides des tourments de la vie qui nous incombent à tous, mais dont on veut effacer les traces sur les portraits officiels et dans les livres d’histoire. Comme on le disait en 1622, s’il est vrai que « les murailles ont des oreilles », dommage qu’elles n’étaient point pourvues de la parole, fussent-elles devenues murs, pour partager avec nous ce qui s’y tramait, et ce qui s’y trame encore.

C’est payer un lourd tribut que de devoir se plier à toutes ces coutumes moyenâgeuses pour se voir affublé d’un titre qui n’a de royal que le nom. Très peu pour moi, le fait de n’être qu’un « sujet », et encore moins de passer à la postérité avec, pour seul nom de famille, un numéro.

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