La fonderie Horne: l’heure des comptes

Il a fallu des décennies pour que la Fonderie Horne heurte le mur de la responsabilité sociale, après des décennies de pollution, de destruction, de profits honteux et de mépris des collectivités. L’organisation sans foi ni loi qu’est Glencore se révèle opiniâtre et coriace pour conserver ses acquis. J’y ai vécu six ans, en 1984. J’ai observé, consternée, de grands boisés dont les arbres étaient noirs, brûlés par la pollution, un sol visqueux à leurs pieds, comme dans les films de morts-vivants. J’ai remarqué la fumée de l’usine à plus de cinq kilomètres de la ville, une fumée noire qui rampait vers Malartic. J’ai capté l’odeur nauséabonde de leurs activités, flottant sur leurs magnifiques terrains de golf et sur le parc autour du lac Osisko, des beautés rehaussant encore plus la laideur des installations de cette fonderie.

Après des milliards de profits, amassés pendant des décennies sur le dos de la santé des communautés et des écosystèmes, envisager la possibilité que le gouvernement puisse les subventionner pour les récompenser de leurs crimes environnementaux me donne la nausée.

 

Les dirigeants savent depuis très longtemps qu’un jour ou l’autre, on leur demanderait des comptes. Le plus tard serait le mieux. Le principe de précaution leur est inconnu. Pendant ces décennies, ils engrangent les profits, investissent minimalement dans les recherches pour réduire la pollution, mais sans actions et objectifs concrets pour atteindre des normes acceptables.

Après tout, on tolère l’intolérable depuis si longtemps. Rien ne presse.

Ils étirent alors le temps en comptant sur la passivité de gens résignés et conservent dans leur manche la carte des centaines d’emplois qu’ils procurent à la ville pour qu’on subventionne leur mise à niveau et qu’on tolère quelques années encore leurs infractions.

Le développement insoutenable dans sa plus détestable manifestation.

 

Il va falloir bien davantage que des publicités positives pour faire évoluer cette industrie, quoique certaines minières fassent de véritables efforts. Une action concertée des gouvernements mondiaux sera sans doute nécessaire pour apprivoiser cette bête féroce en quête de sang frais pour ses actionnaires vampiriques.

En attendant, ne les nourrissons pas de nos deniers.

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