Le déséquilibre Bixi

Le Devoir faisait récemment état des frustrations vécues à Montréal par les usagers du BIXI qui font trop souvent face à des stations vides (« Le succès de Bixi crée des frustrations », 8 juillet).

Le problème vient du fait que les déplacements des usagers entre les stations ne sont pas équilibrés. La plupart des usagers se déplacent du Plateau ou de Rosemont vers le centre-ville en début de journée et en sens inverse en fin de journée. Ce déséquilibre se manifeste par des stations vides ou pleines selon le secteur ou l’heure de la journée.

Depuis plusieurs années, Bixi tente de remédier à la situation en déplaçant des vélos des stations pleines vers les stations vides par camion. Selon Christian Vermette, directeur général de Bixi Montréal, une douzaine de camions s’affairent entre le centre-ville et le Plateau et peuvent déplacer entre 400 et 500 vélos à l’heure.

Si l’idée de transporter des vélos par camion peut sembler paradoxale, elle est également très coûteuse et relativement inefficace, surtout en période de pénurie de main-d’oeuvre et même de camions, comme le réalise la direction de Bixi.

Il semble qu’une solution de nature économique pourrait aider considérablement. Si Bixi adoptait une tarification dynamique en fonction de l’offre et la demande de vélos aux stations de départ et d’arrivée des usagers, il y aurait moyen de réduire significativement le déséquilibre entre les stations, ce qui réduirait le besoin de transport de vélos par camion.

Par exemple, un usager qui se déplacerait du centre-ville vers le Plateau le matin pourrait bénéficier d’un prix réduit voire d’une subvention. Par contre, l’usager se déplaçant dans le sens contraire au même moment paierait beaucoup plus cher.

En réduisant les déséquilibres entre les stations et ainsi les déplacements de vélos par camion, cette tarification dynamique diminuerait les coûts d’exploitation de Bixi. Elle comporterait également certaines vertus environnementales en plus de faciliter la circulation parfois ralentie par les camions de Bixi.

Évidemment, une telle tarification nécessiterait un investissement initial en programmation pour adapter l’application à l’introduction de prix variables (intelligents). Mais, à long terme, cet investissement ne serait-il pas rentable — d’autant plus que le programme développé pourrait sans doute être exportable à d’autres villes qui utilisent le vélopartage ?

Pareille tarification dynamique a souvent fait ses preuves : pour des ressources telles que l’eau ou l’électricité, pour des parcomètres (ex. : San Francisco), pour des déplacements en taxi (Uber), ou encore pour des accès routiers congestionnés (Londres, Stockholm), etc.

Bixi ferait preuve d’innovation, d’efficacité et de leadership en adoptant une telle mesure.

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