«Djihadisme» chrétien

Depuis quelques décennies, la montée de l’extrémisme chrétien, particulièrement visible chez nos voisins américains, participe d’une tendance fort inquiétante, celle de l’instrumentalisation et de l’hégémonie du religieux qui menace la base même de la démocratie, et de façon collatérale le respect des droits fondamentaux.

Au cours des années 1960 et 1970, la frange religieuse conservatrice des Américains a subi, pourrait-on dire, de façon passive la déferlante des remises en question et de libéralisation qui a influé sur nos valeurs et transformé en profondeur nos comportements et nos relations. Notre vision de la religion, de la politique et de l’éducation, de la sexualité, du mariage, des rapports hommes-femmes et du travail a fait jusqu’à ce jour l’objet de débats et de réflexions qui ont débouché sur des lois soucieuses de refléter les mentalités. Or, les éléments les plus progressistes de nos sociétés ont fini par s’endormir et par tenir pour acquise cette évolution. [...]

Avec stupeur, ils font maintenant le constat des ravages de cette droite religieuse qui s’est infiltrée dans toutes les instances de la société. En porte-à-faux avec la volonté de la majorité de la population, ils ont réussi le tour de force inconcevable de fédérer à la fois les pourfendeurs de l’avortement, les promoteurs des armes à feu, les négationnistes des changements climatiques, les opposants à l’éducation sexuelle [...], et surtout un grand parti politique qui forme désormais un bloc monolithique à la botte d’un mythomane qui en exploite tous les travers dans son propre intérêt et sans aucune considération pour les règles élémentaires de la démocratie.

Bref, inutile de brandir le spectre de menaces terroristes venant de l’extérieur. Le peuple américain est dorénavant confronté à un défi de taille, soit celui de composer avec l’ordre du jour « djihadiste » de cette Amérique profonde qui sécrète le retour du religieux, qui s’en délecte et qui l’instrumentalise à des fins de pouvoir. Il devra s’interroger sur la nature du « God Bless America » scandé par tous les politiciens. Sur sa compatibilité avec la démocratie telle que rêvée par les fondateurs de sa Constitution. Et sur le respect des droits fondamentaux, dont celui des minorités.

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