À propos du pont Pierre-Laporte

Je n’ai pas de voiture. Je n’en ai jamais eu et je n’entérine aucunement ce mode de transport individuel tel qu’il est conçu depuis un siècle. Par contre, je suis capable de réfléchir à la catastrophe que serait l’effondrement du pont Pierre-Laporte pour une société qui a misé sur le tout-à-l’auto.

Il est évident que, si le pont venait à s’écrouler, il n’y aurait pas trop de possibilités de traverser le fleuve de manière efficace entre les deux rives. Oui, bien sûr, il y a le pont de Québec à deux voies. Mais quand on sait qu’aux heures de pointe, à Québec, la circulation est de pare-chocs à pare-chocs, du Petit Champlain jusqu’aux ponts, je ne vois pas comment il serait possible de faire circuler tout ce monde d’une rive à l’autre. Il ne faut pas oublier non plus que le vieux pont de Québec — en fer — a plus de cent ans et que lui aussi souffre depuis des décennies d’une grande négligence. On n’a qu’à se rappeler ce que furent son érection et les péripéties du montage de la structure. Je ne suis pas sûr qu’il pourrait résister lui non plus très longtemps à un surplus de circulation. Les scénarios catastrophes sont possibles, car plusieurs ponts se sont déjà écroulés à travers le monde.

On pourrait aussi parler des morts qu’une telle catastrophe provoquerait, mais cela semble échapper aux personnes concernées. On peut s’imaginer que, si les câbles qui maintiennent le tablier du pont venaient à céder, cela risquerait d’être justement à une heure de pointe où le pont est plein… à craquer.

On pourrait aussi penser au fait que la Voie maritime du Saint-Laurent s’en trouverait bloquée pour un bon bout de temps, empêchant le trafic fluvial et le commerce international, sans parler des dégâts dans le fleuve.

Au Québec, on ne construit pas une telle structure en claquant des doigts, en tout cas pas comme les Chinois, qui peuvent construire un hôpital de 1000 lits en dix jours. Il semble que l’on n’ait pas calculé les coûts désastreux d’un tel scénario. Il faudrait à la fois construire en vitesse un « troisième » lien de fortune et s’occuper de retirer du fleuve les cadavres, le matériel roulant ainsi que toute la structure effondrée.

Il a été avancé récemment que le ministre des Transports n’avait pas même été mis au courant d’un rapport crucial sur les dangers qui sont à l’horizon pour le pont Pierre-Laporte. Peut-être est-ce le cas. Il faut alors se demander quelle est la gestion des autres mandats de ce ministère. À n’en pas douter, il règne dans les officines de ce ministère de sérieux problèmes de compétence et de hiérarchie. D’autre part, ni le ministre ni le premier ministre ne sont fiables quant à la sécurité de cette infrastructure, et ils pourraient cesser de faire dans la démagogie.

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