Un retour à l’ère Duplessis?

J’apprends qu’il n’y a plus de concours de recrutement dans la fonction publique québécoise. L’affaire est inquiétante.

Quand j’étais fonctionnaire, les sous-ministres se plaignaient que les anglophones n’étaient pas assez nombreux à participer à ces concours… écrits en français. Ils soutenaient aussi qu’ils n’étaient pas conçus pour les participants ethnoculturels. […] J’ai moi-même demandé en 2006 à ce que le gouvernement en fasse plus pour ces derniers. J’étais loin de m’imaginer que ce serait en abolissant les concours qu’il y parviendrait.

Car, sans concours, l’embauche visant certaines catégories de citoyens sous-employés prendra effectivement du mieux, et les Québécois seront servis, surtout dans la grande région multiculturelle de Montréal, non seulement en anglais, mais dans plein d’autres langues. […]

Mais ce qui m’inquiète davantage, c’est le cheminement des employés au sein même de la fonction publique. Sans concours, nombre de cadres promouvront des fonctionnaires avec lesquels ils ont des affinités ou qui sont des béni-oui-oui qui ne nuiront pas à leur petite carrière peinarde. Le « Petit-Russien » Nicolas Gogol a bien connu ce système. Forcément, c’est la fonction publique qui y perdra en qualité.

Les concours de recrutement sont venus avec la Révolution tranquille. Le nouvel État moderne voulait rompre avec l’ère Duplessis et le copinage qui sévissait alors. Il a fallu quelque soixante années pour en venir à la drôle de conclusion qu’ils ne fonctionnaient pas. Permettez mon scepticisme. D’aucuns disent que François Legault a un faible pour Maurice Duplessis ; je n’en doute pas un seul instant.

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