Une définition tronquée et réductrice du coup d’État

Patrick Moreau a pondu dans Le Devoir un texte pour le moins étonnant, dans lequel il remet en question le fait bien établi que l’ancien président Donald Trump et ses partisans ont planifié, puis tenté sans succès, un coup d’État en 2020-2021, afin de maintenir l’autocrate en puissance au pouvoir (« Une tentative de coup d’État », 17 juin).

Tout le texte de ce collaborateur porte sur une définition tronquée et réductrice qu’il donne au concept de « coup d’État ».

Sortir son dictionnaire et dire que ce que l’on observe n’est pas exactement défini de la sorte dans Le Larousse ou Le Robert, c’est oublier que les concepts évoluent, notamment en raison du contexte historique et du type de régime politique.

Un coup d’État au Chili en 1973 ou en Roumanie en 1989 n’aura pas le même visage qu’une tentative de coup d’État au coeur de la plus vieille démocratie libérale.

Un coup d’État n’implique pas nécessairement les services de sécurité, l’armée ou encore une répression brutale. Fondamentalement, cela fait référence à une prise de pouvoir illégale et à un renversement de l’ordre constitutionnel par un petit groupe d’individus en situation d’autorité. Cela me semble bien correspondre à ce qu’on a observé aux États-Unis.

En effet, les forces derrière le président défait Donald Trump aspirent ni plus ni moins qu’à renverser le régime constitutionnel américain tel qu’on le connaît, en faussant les règles du jeu, pour concentrer le pouvoir dans les mains du futur autocrate, sans recevoir la sanction des urnes. Le président en poste (Trump), des membres du gouvernement, plusieurs élus républicains et des milices d’extrême droite ont travaillé de concert pour atteindre ce résultat. Ça s’appelle une tentative de coup d’État.

Aux États-Unis, ceux qui nient qu’il y a eu une tentative de coup d’État et qui refusent de qualifier d’insurrection l’assaut du Capitole se retrouvent étrangement tous au sein du Parti républicain, dont plusieurs des membres ont soutenu les manoeuvres illégales et perfides de Donald Trump.

Refuser de nommer la réalité, c’est minimiser le péril qui guette la démocratie américaine.

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