L’angle mort du capitalisme

Il s’agit d’un concept essentiel pour nos économies capitalistes, axées sur le profit et la croissance. Les externalités sont sans aucun doute le parent pauvre de toutes les solutions envisagées pour combattre les dérives de nos sociétés, qui s’enlisent dans la multiplication des crises conjuguées au laxisme de nos institutions. Tous ces aspects qui sont repoussés à la marge des bilans pour optimiser les bénéfices, et les performances des entreprises sont pourtant loin de disparaître ou de s’effacer comme par magie. La plupart de ces effets délétères s’additionnent plutôt au passif de l’ensemble de nos sociétés. L’exemple de la crise climatique est éloquent dans ce domaine, trop longtemps négligé. Nous serions très mal avisés de refuser plus longtemps d’en tenir compte, car ces externalités représentent des coûts et des problématiques qui menacent la stabilité sociale et économique à l’échelle planétaire. Leur cumul est susceptible de nous conduire tout droit à la destruction d’une grande partie des écosystèmes et à l’effondrement de nos sociétés.

Le réchauffement climatique et le déclin de la biodiversité ne sont pas les seules menaces sur l’horizon du statu quo. La crise du logement et la poussée inflationniste, qui réduit l’accès aux biens et denrées de première nécessité, annoncent la précarisation sociale et financière d’une part de plus en plus grande de l’humanité. La spéculation tous azimuts et la déshumanisation qui l’alimente génèrent de plus en plus d’externalités, des dommages et des nuisances dont les promoteurs s’empressent de se déresponsabiliser au nom d’un marché qui se distingue désormais par sa froideur et sa cruauté. Le toit que l’on a sur la tête et le pain que l’on met sur notre table, l’ordinaire de nos vies est poussé inlassablement au bilan des pertes qui n’affectera jamais celui des profits individuels et privés. Il en sera ainsi tant et aussi longtemps que nous accepterons collectivement d’être les perdants d’un système qui cultive les injustices et les inégalités pour le seul bénéfice d’une minorité qui nous conduit à notre perte. Les externalités et leur coût réel (l’exemple des pollinisateurs qui dépérissent dans l’indifférence générale) culminent actuellement vers un basculement qui pourrait bien s’avérer irréversible. Bienvenue dans la dégringolade !

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