Du suicide assisté

Le gouvernement du Québec prévoit élargir les critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir. Pour le Collège des médecins, qui régit mon code de déontologie, ces processus ne vont jamais assez vite ni assez loin. Pourtant, en s’aveuglant avec le terme édulcoré d’aide médicale à mourir, maintenant désigné par un sigle encore moins évident, AMM, le collège évite lâchement la vraie question : en 2022, alors que l’autodétermination devient une valeur dominante, comment aborder le suicide ?

Comment aborder le désespoir ? Par cette loi qui ne cesse de prendre de l’ampleur, on répond que les soignants n’ont pas vraiment à l’affronter, mais qu’il faut seulement le valider. On a même trouvé un nouveau terme : “Souffrances médicalement reconnues”. Ainsi, de plus en plus, mon rôle de médecin n’est pas de tenter de trouver des solutions à ces souffrances, mais bien d’attester qu’elles sont suffisamment importantes pour justifier la mort. Je deviens de plus en plus un notaire, de moins en moins un médecin.

Ce n’est pas de l’aide médicale à mourir, c’est du suicide assisté. Ce n’est pas un soin, c’est un abandon. On pouvait s’illusionner quand on faisait ce geste pour un malade grabataire, à quelques jours de sa mort naturelle. Maintenant, avec l’élimination du critère de mort raisonnablement prévisible à court terme, on ne peut plus occulter cette notion de suicide. On ne peut continuer à prétendre qu’on soigne les gens quand on se contente d’attester que la situation est tragique.

La maladie peut amener les gens qu’elle afflige vers des situations dramatiques. Il est tout à fait compréhensible que la peur, la douleur, la tristesse induisent un désir de disparaître, d’abandonner, chez la personne affligée et son entourage. Si les soignants ont le devoir de précipiter la mort, qui, dans la société, assumera l’autre responsabilité, celle de tenter de redonner espoir ? Ce ne sera pas les médecins. C’est trop difficile.

  

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