Avis d’un anglo de l’Ouest

Le français m’habite depuis la quatrième année de ma vie et un été passé à Sainte-Adèle avec une gardienne qui parlait à ma sœurette et à moi en français. Tombé sous le charme, je faisais ce que je pouvais pour maintenir ma connaissance de la langue de retour dans les Rocheuses et, adolescent, j’ai migré à Montréal à la faveur d’une bourse afin de faire mes études et d’apprendre à fond le français. Je crois avoir réussi, car ma carrière a été portée par le français, langue dans laquelle j’ai pu pratiquer en travail social et enseigner la criminologie. Ma première femme était belge, et celle avec qui je vis depuis les années 1970, québécoise francophone.

Avec une telle immersion, je me sens québécois, et je ne me sens pas contraint à défendre le droit à la scolarisation collégiale en anglais. Je sais que des gens de bonne volonté, comme Louise Penny, vous ont écrit pour témoigner leur désaccord avec la loi 96, mais je ne me sens pas à même de les appuyer. Le gouvernement du Québec aurait dû, selon moi, rendre obligatoires les études au cégep en français pour tous sauf les ayants droit, car c’est vers la fin de l’adolescence que l’identité culturelle, sociale et linguistique s’affirme et se confirme. Le français n’est pas menacé dans les alentours du Richelieu où j’habite, mais je sens que dans les villes, le vent est en train de tourner, que le français s’y dégrade et que l’anglais reprend sa place de langue dominante. Selon moi, c’est dommage. Je ne suis pas venu ici pour être obligé de parler dans la langue de Shakespeare ou en franglais.

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