Amende honorable en défense des langues autochtones

Ce ne sont pas des tensions culturelles, ou quelconques stratégies politiques, qui ont incité les Agniers de Kahnawake à adopter l’anglais. C’est plutôt un accident tragique, en 1907, qui fit basculer la dynamique linguistique entre les Agniers de Kahnawake et leurs voisins francophones. Fiers défenseurs du Kanien’kehá, langue autochtone, ils avaient adopté le français comme langue seconde dans les suites de la Grande Paix de Montréal, en 1701.

Or, l’écrasement du pont de Québec engendra une suite d’événements qui virent les Agniers préférer l’anglais comme lingua franca en Amérique. Les Agniers n’avaient rien contre le français, c’est que les mères décidèrent de limiter le nombre de travailleurs sur les grands chantiers de construction. Du coup, les ironworkers devaient se séparer en demi-douzaines, plutôt que tous travailler sur la même structure. Des 70 décès de l’effondrement à Québec, 33 étaient agniers. Autant de familles sans père.

Les chantiers pullulant aux États-Unis, un Little Kahnawake bourgeonna à Brooklyn. À Kahnawake, sur la rive sud du Saint-Laurent, l’anglais devint la langue de la majorité en moins de deux générations. Aujourd’hui, les Kahnawakeronons militent pour la survie de leur langue, laquelle donna naissance au nom de ce pays, le Canada, faut-il le rappeler.

J’estime que la loi 96 doit être amendé par respect pour nos cousins agniers, dont les aïeuls ont fait le pari du catholicisme et du français en Amérique. Le Québec francophone doit aussi faire la paix avec son histoire récente, la prétendue « crise » d’Oka, une opération militaire honteuse dont les effets tardent encore à être compris. Un fossé s’est creusé entre les Canadiens français et les Agniers. Leur imposer le français ne fera que l’élargir.

Mais encore, Québec devrait aussi annoncer un programme massif de revitalisation des langues autochtones partout en province. Si le Canada en fait si peu (quoique plus qu’avant), le Québec peut briller par son leadership en la matière. Dans chaque région, pour chaque nation, des fonds sont consacrés à la restauration, à l’éducation et à la promotion des langues ancestrales du pays. Dans chaque région aussi, un programme éducatif est établi pour que nos enfants apprennent que « Bonjour », en Kanien’kehá, se dit Shé:kon, et que Skén:nen veut dire « paix ».

À voir en vidéo