Un crime contre l’humanité?

Faudra-t-il juger pour crime contre l’humanité l’inaction écologique des politiciens et des capitalistes ? La question peut paraître aujourd’hui indécente, mais il faudra à terme la poser.

De façon réaliste, nous foncerons à terme dans le mur écologique [...]. Ce futur n’est pas le fait de l’humanité dans son ensemble, mais de l’avarice et de l’ignorance de politiciens et de dirigeants d’entreprise. Nous savons aujourd’hui que les grandes pétrolières connaissent depuis au moins 1970, et sans doute dès 1953, les conséquences de leurs activités sur le climat et le risque que leurs produits entraînent pour les sociétés humaines ; au cours des années 1980, les politiciens américains travaillaient à lutter contre le réchauffement climatique, avant que des lobbyistes et des climatonégationnistes fassent dérailler les réglementations. Que ce soit par ignorance, endoctrinement ou avarice, c’est toujours la même banalité du mal.

Les crimes contre l’humanité sont généralement définis comme la « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux […] d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ». Or, c’est sans doute bientôt le plus fondamental des droits qui sera bientôt attaqué, le pur et simple droit à la vie.

Bien sûr, lorsque la question se posera, il sera trop tard, le crime aura été fait, et les conséquences des changements climatiques nous concerneront tous. La recherche de coupables sera alors au pire une vengeance inutile et au mieux une longue méditation collective sur le désastre en cours et ses causes historiques. Nous verrons alors le long défilement des noms de la quasi-totalité des politiciens et des capitalistes des XX et XXI siècles.

Et plus que jamais, l’adage selon lequel la neutralité participe à l’oppression sera aussi vrai et collectivement partagé.

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