Des doublages québécois, vraiment?

J’ai souvenance que l’Union des artistes (UDA) et l’Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP) ont loué l’exemplarité de Disney quant au doublage. La major fait toujours doubler ses productions ici, mais une ombre se profile : par souci d’économie, les textes sont de plus en plus souvent adaptés en France.

Or, la spécificité du français québécois a toujours été le principal argument avancé par l’UDA et l’ANDP pour convaincre les grands studios de doubler ici. Les deux associations leur ont en effet souvent fait savoir que « les Québécois désirent avoir accès à des films et des séries télévisées doublés ici, qui leur ressemblent et qui tiennent compte des particularités linguistiques et culturelles d’ici ». Elles ont aussi convaincu les Québécois que « ce combat pour le doublage en retourne surtout d’une chose : l’identité québécoise. Une production traduite au Québec permet au doublage québécois de mettre de l’avant ses couleurs ».

Mais comment diable aspirer alors à ce français qui nous ressemble quand les adaptations sont faites en France, et, pour tout arranger, quand les dialogues sont dits par des doubleurs qui gomment l’accent québécois ? Peut-on encore oser parler d’un doublage québécois en pareil cas ?

Disney est en train de faire la démonstration que le français de France ne contrarie pas vraiment l’UDA et l’ANDP, car celles-ci ne réagissent pas. L’entreprise en viendra à la conclusion que ce qui compte en définitive pour elles deux, ce sont les cotisations syndicales pour la première et les contrats pour la dernière. La prochaine étape pour Disney consistera à importer le doublage français intégral au Québec. L’UDA et l’ANDP ne pourront plus alors reprendre un vieux slogan du milieu : « On veut s’entendre ! ». Il sera trop tard. Si Disney cesse de doubler au Québec, cela mettra la puce à l’oreille des autres majors, qui pourraient lui emboîter le pas. Notre industrie pourra toujours compter sur des productions canadiennes-anglaises, que personne ne voit au Québec.

Il m’apparaît évident que les Québécois se font avoir en subventionnant, par leur gouvernement, des doublages dont les textes sont adaptés outre-Atlantique. Comme la culture ne semble pas être la priorité de François Legault, peut-il au minimum concentrer son aide sur celle authentiquement québécoise ?

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