Morue, forêt et caribou

Les propos du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, sont de plus en plus déroutants et inquiétants. Le moratoire sur la pêche à la morue n’a pas été décrété pour « sauver à tout prix l’espèce », comme il le prétend. À la fin des années 1980, comme cela a été largement démontré, les stocks de morue de la côte atlantique canadienne connaissaient un déclin majeur en raison d’une situation de surexploitation soutenue depuis de nombreuses années. Il fallait alors fournir un effort de pêche de plus en plus intense et coûteux pour capturer des poissons de plus en plus petits, de moins en moins nombreux et de moins en moins aptes à se reproduire. Et c’est pour tenter de reconstruire des pêcheries durables et fortes économiquement que ce moratoire a été instauré.

S’il y a un lien à faire avec la morue, c’est avec la forêt qu’il faut le faire, et non avec le caribou. Car ce que propose actuellement M. Dufour, c’est d’autoriser, au cours des prochaines années, une récolte de bois qui dépasse la capacité de production de la forêt, comme cela a été fait pour la morue avec le résultat que l’on connaît. Que feront les travailleurs de la forêt lorsque celle-ci ne sera plus en état de supporter une récolte durable et qu’il faudra attendre des décennies avant qu’elle ne se régénère ? Plus de dix ans après avoir adopté la majorité des conclusions de la commission Coulombe sur la gestion de la forêt québécoise, il me semble que nous devrions tous avoir compris qu’il ne faut pas revenir en arrière, y compris, bien sûr, le ministre responsable de cette gestion.

À voir en vidéo