Zones sacrifiées

Aujourd’hui entre en vigueur, partout au Québec, la nouvelle norme de nickel dans l’air ambiant. Celle-ci passe de 14 ng/m3 à 70 ng/m3. De manière avouée, le gouvernement de la CAQ agit ainsi en réponse à un lobbying insistant de certaines minières.

Or, ce sont les citoyens qui habitent à proximité d’installations liées à l’extraction et au transport du précieux minerai qui en paieront le prix. À Québec, ce sont principalement ceux de Limoilou et de la Basse-Ville qui respireront encore plus de nickel. Le port de Québec, plaque tournante de l’industrie du nickel, est situé à un jet de pierre de leurs quartiers. Le nickel qui y est transbordé a des impacts sur le système respiratoire, le système nerveux, le système cardiovasculaire, le système immunitaire, la régulation endocrinienne, la tératogénicité (malformations) et la mortalité. Pour le gouvernement, le risque couru par ces personnes est jugé « acceptable ». D’ailleurs, pour la première fois, une norme environnementale est établie à partir d’un critère provisoire de gestion plutôt qu’à partir d’un critère de qualité de l’atmosphère (où le risque devrait être négligeable plutôt qu’acceptable).

Il appert que le gouvernement a choisi de sacrifier la santé de certains citoyens, qui habitent malheureusement au mauvais endroit, au profit de l’industrie minière. Car il s’agit bien d’un sacrifice, au sens entendu par Steve Lerner dans Sacrifice Zones (The MIT Press, 2012). L’auteur y définit les zones sacrifiées comme des endroits où les installations industrielles et les habitations résidentielles sont construites côte à côte, où il n’y a pas de zone tampon pour assurer la circulation adéquate de l’air entre l’industrie lourde et les résidents. Le chercheur explique que les populations vivant dans ces zones, souvent à faibles revenus ou minoritaires, sont tenues de faire des sacrifices sanitaires et financiers disproportionnés, que les personnes plus influentes peuvent quant à elles éviter. Selon lui, et cela mérite d’être dit, « ce modèle d’expositions inégales [aux polluants] constitue une forme de racisme environnemental ».

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