Éloge de la fuite

Le secrétaire général de l’ONU est allé à Moscou pour plaider en faveur de corridors sécuritaires servant à l’évacuation des civils de l’Ukraine. Il se soumet ainsi à l’humiliation d’avoir à quémander une petite grâce auprès de criminels de guerre jusqu’à présent entêtés dans leur « opération spéciale ». Ce faisant, il accepte de jouer dans une œuvre de fiction où ses partenaires de négociation seraient devenus pour un instant, par magie, des interlocuteurs respectables. Tout ça sans grande chance de succès (jusqu’à preuve du contraire).

Et d’ailleurs, quel succès pourrait-on escompter ? S’il est vrai que n’importe qui soumis à des tirs d’artillerie a raison de vouloir sauver sa peau en fuyant, il est évident que la véritable solution à l’agression russe ne saurait être de vider l’Ukraine de sa population, ce qui est, bien sûr, impossible ! Les migrants seront toujours une minorité, et tant pis pour ceux qui n’ont pas les moyens ou l’occasion de fuir. Les cyniques diront peut-être : tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à naître ailleurs. Dans les zones occupées, les résidences abandonnées ou à moitié détruites sont devenues un libre-service où l’occupant peut piger à sa guise.

Après deux mois de guerre, aucun dénouement ne se profile à l’horizon, et dans l’immédiat, semble-t-il, tout ce que les Ukrainiens peuvent espérer, c’est de mettre quelques civils à l’abri en laissant les Russes pilonner leur pays à qui mieux mieux. Quelle tristesse de voir le monde, les États, les institutions internationales, les organismes humanitaires résignés à tant d’absurdité !
 

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