Regarder les Ukrainiens mourir

J’ai lu le livre J’ai serré la main du diable, de Roméo Dallaire, il y a maintenant dix-huit ans. Mes garçons étaient des adolescents, ils sont maintenant pères tous les deux.

Ce livre m’a tellement interpellé, je souffrais pour Roméo Dallaire, un homme vrai, droit, humain… J’étais incrédule devant les obstacles diplomatiques et politiques qui étaient quotidiens pour le général. Un génocide se déroulait devant l’humanité et il semblait tellement seul à le constater et à le communiquer.

Ce soir, en lisant le texte de Mme Magdaline Boutros dans Le Devoir (7 avril), quelque chose s’est éclairci dans mon esprit très brumeux depuis le début de ce conflit en Ukraine.

Je ne peux pas vivre normalement pendant que des enfants ukrainiens du même âge que mes petits-enfants meurent sous les bombes des Russes. Je peux faire semblant de vivre mon quotidien, mais je dors mal.

 

Je n’arrive pas à comprendre comment nous pouvons, comme société, comme êtres humains, regarder les Ukrainiens mourir quotidiennement au bulletin de nouvelles et ensuite voir sur une autre chaîne si le Canadien a gagné. C’est hallucinant !

Ce brave homme qu’est Roméo Dallaire a vécu un enfer pour sauver des vies au Rwanda. Il est aujourd’hui l’homme qui a le mot le plus juste… Le titre du texte de Mme Boutros, « Le monde et sa faillite morale », dit tout !

Malgré les avancées technologiques de notre race, nous sommes incapables d’intervenir pour arrêter un massacre quand il survient. Depuis le Rwanda en 1994, notre espèce n’a pas su tirer les leçons pour se préparer pour un autre carnage. Il faut comprendre que la planète aura toujours des Poutine, des Kim Jong-un, des Bolsonaro, des Trump, cela me semble évident.

Le général Dallaire se battait contre une « machine » diplomatique et politique qui ne répondait pas à l’horreur quotidienne qui se vivait à Kigali et dans les autres villes rwandaises.

Dix-huit ans plus tard, en Ukraine, le constat est un échec lamentable. Notre espèce n’a pas grandi, les images effroyables et quotidiennes sur nos écrans ne sont pas des nouvelles du bulletin de 18 h… c’est la mort en direct. Plus tard, un autre général Dallaire ukrainien décrira ce massacre.

Dante, écrivain et penseur italien du Moyen Âge, a écrit : « Dans l’enfer, les places les plus brûlantes sont réservées à ceux qui, en période de crise morale, maintiennent leur neutralité. » Nous serons plusieurs à nous retrouver dans les places les plus brûlantes.

Très triste constat pour notre espèce en avril 2022 ! Ne blâmons personne en particulier, c’est notre espèce qui n’a rien compris.

Le général Dallaire voyait clair en 1994 et il voit encore tristement très clair en 2022 !

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