Procès fantôme ou justice fantôme?

Jusqu’à présent, l’affaire du procès fantôme suscite quantité de questions à propos du secret entourant ce dossier, qui concerne un indicateur de police. Le droit à l’information et le droit à une justice publique sont des aspects primordiaux qui méritent d’être soulevés.

Il est mentionné que cette cause ne comporte aucun numéro de dossier et qu’il n’y a aucune trace écrite ou matérielle qui subsiste du déroulement des procédures, comme l’a confirmé la Cour d’appel du Québec.

En sus de ces questions capitales, il en est deux qui n’ont pas été soulevées : Comment a été et qui a choisi le juge ? Et pourquoi la Cour d’appel a-t-elle maintenu une partie du secret sur le nom du juge et l’identité des avocats au dossier ?

La question du choix du juge est primordiale, puisque les juges en chef des cours au Québec disent ne pas avoir été mis au courant de cette affaire. Comment est-il possible qu’un juge soit sollicité pour tenir un procès et rendre une sentence sans qu’aucun rouage de la machine judiciaire ne soit concerné ?

Quant à la sentence, il est probable qu’elle soit une peine d’emprisonnement (probablement longue), sinon, pourquoi avoir entamé ce recours devant la Cour d’appel ? Rappelons qu’il s’agit d’un délateur qui ferait partie du crime organisé. Il n’a certainement pas été poursuivi pour une peccadille. Maintenant se pose la question de son éventuel emprisonnement. Comment les autorités correctionnelles ont-elles géré ce cas ? À moins que le prévenu ait obtenu de la part d’un juge une remise en liberté en attendant la décision de l’appel. S’agirait-il du juge qui l’a condamné ou d’un autre juge ? Quelle que soit la réponse, nous sommes devant une situation problématique : soit un deuxième juge est impliqué, soit le juge inconnu a pris parti dans un dossier qui le concerne directement.

À la lecture du jugement de la Cour d’appel, nous constatons que les trois juges connaissent le nom du juge inconnu, et le critiquent « avec égards » comme s’il s’agissait d’un dossier courant ! Ainsi, malgré un jugement ferme et unanime qui « prononce l’arrêt des procédures », les trois juges de la Cour d’appel n’osent pas aller au bout de leur indignation morale et protègent en partie la magistrature, malgré un égarement hallucinant. Pourquoi ?

En parlant d’égarement, n’oublions pas qu’en janvier dernier, la juge Anouk Desaulniers, de la Cour du Québec, district judiciaire de Gatineau, a été obligée de tenir un procès à distance, alors que l’accusé se trouvait dans les latrines d’une aile du centre de détention Rivière-des-Prairies. Elle n’est d’ailleurs pas la seule, semble-t-il, puisque « les parloirs des détenus sont dans les toilettes », selon une agente correctionnelle. Il semble que la magistrature ne se soit pas fait entendre, pas plus que les autres acteurs du système de justice.

Peut-être en est-on à un moment critique propice à ce que le système de justice pénale et criminelle soit « refondu » ?

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