Défendre les femmes

Durant ma vie de fille et de femme, j’ai vécu l’expérience de me faire défendre par un homme. C’était un mélange de malaise face à la violence de toutes parts et au sentiment d’ego, exacerbé dans un système qui valorise ce rapport homme-femme dit très instinctif, mais qui est beaucoup construit.

Je n’avais pas encore de lecture sur ce vécu à l’époque, sauf celle qui m’était donnée et véhiculée. C’était un geste de défense qui démontre l’amour de l’autre pour soi, et que ça. On défend l’honneur où manque de respect il y a, pour faire simple et reprendre les explications causales intégrées. Tellement affairé à cette tâche et à ce rôle que l’on ne distingue plus sa personne de la personne défendue. Moins grande que soi, il va sans dire.

Je ne voyais pas comment il aurait pu faire autrement qu’utiliser sa force et sa stature parce que je ne voyais pas comment l’on pouvait s’extirper du système ou, du moins, le repenser et revoir nos réflexes et nos vérités. Quand les choses sont ainsi béton, il devient difficile de ne pas devenir soi-même une autre définition que celle écrite par les autres.

Puis, j’ai vécu aussi son contraire. L’expérience de ne pas être défendue. Laissée à moi-même dans ce même système d’interactions déterminées. Être aux côtés de quelqu’un qui, au lieu de maladroitement et inconsciemment penser être un allié, se terre dans ses retranchements les plus confortables et prend parti dans sa non-action.

Je n’ai ressenti ni dans l’un ni dans l’autre une réelle défense de ce qui opprime vraiment.

Cette posture, cette vie politisée et publique, ce contrat social aux petits caractères d’être une femme dans un monde qui nécessite que l’on nous protège et du défenseur et de l’agresseur.

Bien que la lâcheté semble flagrante dans le comportement de l’homme qui reste dans ses rangs et qui ne se porte pas en soutien à sa partenaire, je vois le courage non pas dans la mise en scène de ses privilèges qui soulève la peur bien plus que le respect, mais dans l’accompagnement des femmes sur le terrain de l’entièreté. Ce qui implique une remise en question. Ce qui demande qu’on revoie à qui sert la défense des femmes et, aussi, qui et quoi on défend vraiment.

Ce n’est ni par la peur générée par l’allure chevaleresque ni par la peur de déplaire à ses bases d’un partenaire en évitement que l’on obtient respect et dignité.

C’est peut-être dans un monde où nous n’avons pas nécessairement besoin de plus de lumière dans les rues, mais dans nos êtres.

Plus largement, la femme, et particulièrement la femme noire et racisée, ne devrait pas, dans un système qui la reconnaît entièrement, avoir besoin d’être défendue. Point.

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