Miser sur le mauvais cheval

Les querelles successives au sujet du projet de tramway de Québec sont sans doute à classer au chapitre des catastrophes environnementales et politiques les plus retentissantes. Ce projet porteur d’avenir, qui privilégie la cohérence et la lucidité dans une stratégie de planification urbaine qui concerne toutes les grandes villes de la planète, est devenu une tragédie lamentable. Le spectre rétrograde du troisième lien complète ce tableau d’un naufrage environnemental qui caractérise la vision caquiste d’une éventuelle transition énergétique.

Québec est déjà asphyxiée (au propre comme au figuré) par l’automobile, et le tunnel Lévis-Québec ne fera qu’aggraver le problème. Toujours plus d’automobiles et une augmentation des distances parcourues par celles-ci résument la transition énergétique proposée par le gouvernement de François Legault, transition qui repose essentiellement sur l’électrification du transport individuel. Le ministre Bonnardel a d’ailleurs confirmé cette mauvaise idée en affirmant que les milliers d’automobiles qui emprunteront le tunnel « vert » seront électriques. Par un étrange processus de cafouillage généralisé, le projet qui nuira le plus aux citoyens de Québec est mieux perçu que celui dont ils ont désespérément besoin. La stratégie caquiste a le mérite d’être claire, la capitale nationale doit aménager son réseau de transport pour favoriser les banlieues et l’étalement urbain, c’est le maire de Lévis et tous les autres, avides de développement, qui sortiront comme les grands gagnants des investissements massifs de Québec et des instances fédérales et provinciales.

L’électrification des transports individuels demeure pour le moment un mirage périlleux qui piétine lamentablement. Il suffit d’examiner les efforts minimaux consentis par les constructeurs automobiles, les retards technologiques accumulés par l’ensemble de l’industrie et la question vitale de la demande énergétique engendrée par un parc automobile entièrement électrique pour comprendre que les cibles proposées ne seront jamais atteintes dans les délais prévus. On en revient toujours à la douloureuse réalité de toutes les solutions qui privilégient le transport collectif et la mobilité active et durable. Des solutions qui ne sont possibles que dans le contexte d’une densification des villes et par la mise au rancart de l’automobile en zone urbaine.

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