Je n’ai plus de mots…

J’entends obsessionnellement la nuit le bruit des chenilles des chars du tyran du Kremlin assaillant Kharkiv, j’entends siffler ses missiles sur Kyiv, j’entends ses bombes souffler les fenêtres de l’hôpital pour enfants de Marioupol. Je cherche dans ma boîte à mots, comme un peintre chercherait dans sa boîte de couleurs : je ne trouve que du noir, et encore ce n’est pas assez ! Je voudrais éventrer ma toile, déchirer ma page. Je ne trouve plus les mots.

Le vent dans les saules n’est plus aussi joyeux, le silence de la forêt a perdu sa paix. Je n’ai plus de mots pour dire les choses précieuses de la vie. La terrible réalité de la guerre m’a submergé. La haine épuise les mots. Les mots qui crient la douleur ukrainienne sont des larmes de silence devant l’impensable, des sanglots étouffés devant l’indicible.

Quelque chose s’est cassé depuis la guerre. Je sens que le monde n’est plus pareil, qu’il ne le sera plus. Depuis cette quinzaine infernale, mes mots ne vont plus leur petit bonhomme de chemin, ils s’en vont tout droit dans le fossé, comme si une roquette les avait frappés au front. Mes mots sont devenus le silence d’un langage sans paroles.

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