Démocratie, droit de vote et devoir de s’informer

Dans plusieurs pays, la notion de démocratie renvoie au droit de vote de tous les citoyens adultes. Et il est bien qu’il en soit ainsi, la démocratie se voulant un pouvoir du peuple (du grec dêmos, pour peuple, et kratos, pour pouvoir). Mais ce vote grâce auquel les peuples élisent leurs gouvernants n’est pas simplement attaché à un droit, il est associé à un devoir : à un devoir de s’informer, de faire des choix en connaissance de cause. C’est d’ailleurs dans cet esprit que les sociétés démocratiques, d’une part, veillent à la libre circulation de l’information, favorisent la concurrence des médias, exigent des journalistes qu’ils vérifient leurs sources, qu’ils exposent divers points de vue et, d’autre part, facilitent l’accès à l’instruction et enseignent à discerner le vrai du faux, l’analytique du dogmatique. Des informations crédibles étant disponibles, les citoyens étant scolarisés, les États peuvent, en principe, s’attendre à ce que les citoyens participent aux élections de manière judicieuse.

S’informer, ce n’est pas simplement recevoir de l’information. C’est agir sur les propos qui viennent à soi. C’est se demander d’où ils proviennent. C’est rechercher les positions qui les contredisent. C’est s’interroger sur la manière dont on les éprouve. C’est les mesurer, puis les juger. C’est s’imposer de faire la part des choses. C’est détecter le mensonge et savoir l’écarter. C’est repérer les démagogies. C’est débusquer les discours autoritaires. C’est savoir différencier les lieux où la polémique a pour finalité de démontrer et ceux où elle a pour objectif de convaincre.

S’informer, c’est en venir à craindre un discours dans lequel un chef d’État du centre gauche est présenté comme un fasciste de gauche ou dépeint sous les traits d’Adolf Hitler. C’est s’obliger à se méfier des thèses dans lesquelles la presse libre est enfoncée dans le registre des fake news. C’est redouter un mouvement qui ne s’oblige pas à prendre en considération l’ensemble de l’information, qui refuse l’analyse au nom d’impressions, qui rejette la science au nom de ce qui est exprimé sur les tribunes où il n’y a pas d’impératif de vérité, où il suffit qu’un énoncé soit avancé pour être considéré comme vrai.

Là où ne se conjuguent pas le droit de vote et le devoir d’information, c’est l’idée même de démocratie qui est menacée. Et c’est souvent sur ces territoires mouvants que la violence parvient à s’établir.

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