Un droit de sécurité à tous les âges pour les artistes

L’un des plus féconds et des plus talentueux cinéastes du Québec vient de nous quitter. Les éloges ont fusé, comme il se devait. Celui qui a touché des millions des nôtres avait droit à ces témoignages attendris et sincères. Quelle ne fut pas ma surprise de lire le texte de Guy Fournier « Jean-Claude Lord victime d’âgisme ? » publié le 18 janvier dans Le Journal de Montréal.

On y apprend que ce plus fécond et talentueux cinéaste du Québec est mort dans le besoin, « sans fonds de pension comme la plupart des artistes », et qu’il avait fini par épuiser ses économies. En conséquence, il n’arrivait plus à se loger adéquatement.

L’indigence de nos artistes qui avancent en âge est signalée épisodiquement, puis on passe à autre chose. Ainsi l’intolérable se perpétue. Il nous faut agir.

Ces artistes nous ont éduqués et divertis. Ils nous ont donné accès à leur création et à leur vision du monde, enrichissant nos vies. Grâce à eux, nous avons montré ce que nous sommes sur tous les continents et le Québec a rayonné partout sur la planète. La chaîne de création, de production et de diffusion artistiques a donné naissance à des entreprises culturelles, à des filières artisanales et professionnelles, générant des centaines de milliers d’emplois et contribuant substantiellement à l’économie d’ici.

Le statut précaire des artistes et des travailleurs culturels au Québec est connu et documenté depuis des lunes. Quand cette vulnérabilité affecte les plus grands d’entre eux, quand elle s’empare des plus aguerris, c’est que le mal est profond. Le silence devient alors une complicité.

L’information partagée par monsieur Fournier ne doit pas mourir au feuilleton. Le statut de nos artistes pose problème, fait scandale. Les artistes ont droit à une vie et à une retraite décentes. En cette période pleine d’incertitudes et de questionnements, ayons le courage de tout mettre en délibération. Faisons preuve de compassion et de générosité pour explorer les pistes de solution, qui sont nombreuses. Je pense à un indispensable filet social, aux mécanismes spécifiques de soutien et au revenu minimum garanti, y compris à l’âge de la retraite.

Compte tenu de la nature de leur contribution à la société, nos artistes y ont droit. Pour que plus jamais ils ne se retrouvent démunis dans la dernière phase de leur vie.

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