Dénaturer le régime public d’assurance maladie du Québec

Le gouvernement Legault se propose d’imposer une contribution au financement du régime public d’assurance maladie aux personnes non vaccinées pour la COVID-19. Leur risque d’utiliser des services de santé coûteux est plus élevé que celui des vaccinés. Cette pratique se retrouve dans les régimes privés d’assurance maladie. Par exemple, les primes d’assurance augmenteront avec les comportements à risque de l’assuré. Peu importent les arguties politiques, administratives ou juridiques qui déguisent la contribution Legault, elle demeure une contribution financière des assurés liée à l’exposition d’un risque.

Le régime québécois public et universel d’assurance des soins médicaux et hospitaliers n’est pas un bric-à-brac qui peut être manipulé pour satisfaire les besoins d’un moment politique particulier, aussi dramatique puisse-t-il être. Un des grands objectifs du régime est de rendre accessibles financièrement les services médicaux et hospitaliers. Aucuns frais aux points de service ne sont exigés, aucune franchise n’est perçue, aucune sélection des adhérents en fonction des risques n’est appliquée, les primes d’assurance sont inexistantes. Pour résumer, le régime ne cherche pas à lier ce que paient les assurés à leur état de santé ou à un comportement, ni à leur capacité de payer. Le risque assuré est collectif, et l’assurance est collective à la fois dans la couverture et le financement.

La proposition du premier ministre Legault vient jouer dans cette architecture pour des raisons qui lui sont étrangères. Il existe d’autres façons de promouvoir la vaccination la plus universelle et complète possible tout en respectant les exigences élémentaires des composantes du système de santé du Québec. En pandémie, la vaccination est une arme à la portée de la santé publique. L’opération de la vaccination doit donc être planifiée, organisée, distribuée et financée dans le cadre des moyens que met à la disposition de la santé publique l’administration publique. Ces moyens vont des interventions de promotion de la santé jusqu’à la coercition. Il n’y a nul besoin de tripoter la bonne marche du régime d’assurance maladie public et universel pour promouvoir ou imposer la vaccination.

Exiger une contribution des non-vaccinés au financement de leurs propres soins médicaux et hospitaliers revient à imposer une prime d’assurance, fût-elle déguisée, pour un risque spécifique qu’ils courent. Cette mesure est en contradiction profonde avec le régime d’assurance maladie public et universel tel qu’il a été conçu. Par ailleurs, la Santé publique détient un arsenal de moyens propres pour implanter les politiques, programmes et interventions appropriés à la situation pandémique qui nous afflige. Qu’elle s’en serve. Nul besoin d’aller piger ailleurs.

  

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