L’autre épidémie

Janvier est le mois de la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer et aux maladies apparentées. On se préoccupe à raison des impacts qu’a et aura la pandémie sur le développement des enfants et adolescents ainsi que de l’évolution de leur apprentissage scolaire. Mais il me semble que le sort tant des personnes atteintes de troubles neurocognitifs, d’une démence et vivant à domicile que des proches aidants qui les accompagnent au quotidien n’attire pas suffisamment l’attention du ministère de la Santé et des Services sociaux et des médias.

Par quasi-consensus unanime, le choix de société que nous tendons à privilégier est le maintien à domicile à très long terme voire jusqu’à la fin de la vie. Cela est impossible sans un apport soutenu en temps opportun de la part d’intervenants spécialisés en première et deuxième lignes. Tout délestage des soins et des services représente donc un fardeau supplémentaire pour les proches aidants et risque de hâter le recours à l’hébergement institutionnel.

En une trop brève entrevue sur les ondes de Radio-Canada, le bien connu Dr Judes Poirier soulignait que la pandémie a pu donner lieu jusqu’ici à une accélération du déclin cognitif à cause du manque de socialisation et de stimulation, de la difficulté à maintenir un bon suivi. Les proches aidants sont inquiets, exténués, parfois dépassés. Qui donc se préoccupe de leur détresse ?

S’il y a dans votre entourage, dans votre voisinage, des gens que vous pourriez aider, ne fût-ce qu’un tant soit peu, à traverser le pire de la pandémie, n’hésitez pas à le faire. En tant que proche aidante intensivement pendant vingt ans, je sais à quel point il est réconfortant qu’une oreille attentive ou une main tendue soit offerte, allégeant la charge mentale qu’on doit s’imposer. Constater qu’existent des êtres généreux, qui ne jugent pas à tort et à travers les personnes qui vieillissent plus difficilement, est un antidote au découragement et à l’épuisement. Surtout en ce temps de pandémie, accompagner la perte d’autonomie et un déclin cognitif devrait être l’affaire non seulement d’une famille, si famille il y a, mais aussi de toute une communauté.

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