S’indigner de la loi 21?

Dans l’article de Boris Proulx de mardi dernier, j’apprenais que dans la foulée de la réassignation de l’enseignante d’une école anglophone de Chelsea qui porte le hidjab, Justin Trudeau a affirmé qu’« énormément de Québécois sont préoccupés par le fait que dans une société qui se dit libre et ouverte, quelqu’un peut perdre son travail à cause de sa religion ». Dans cet énoncé, M. Trudeau se trompe sur trois points. D’abord, l’utilisation du superlatif « énormément » pour désigner le nombre de Québécois qui s’indignent de la loi 21 m’apparaît disproportionnée, car en réalité, 80 % des francophones du Québec sont favorables à la Loi sur la laïcité de l’État. Ensuite, ce n’est nullement en raison de sa religion que l’enseignante en question pourrait perdre son emploi, mais plutôt en raison du port d’un signe religieux durant sa prestation de travail. La nuance est de taille.

Enfin, M. Trudeau fait le parallèle entre la liberté de porter le voile islamique et une société qui se dit libre. Je le réfère donc à la théocratie iranienne, où le port du voile chez les femmes est obligatoire. On a l’exemple de Vida Movahédi, Iranienne de Téhéran qui a dû purger un an de prison pour s’être opposée au voile islamique. Il y a plein d’injustices dans ce bas monde desquelles il m’apparaît pertinent de s’indigner, mais s’indigner de la loi 21 comme le font d’une même voix le député libéral André Fortin, la députée solidaire Manon Massé ainsi que Justin Trudeau… Je suis étonné et dubitatif devant ce discours en chœur qui s’oppose au principe démocratiquement accepté au Québec qu’est la séparation de l’Église et de l’État.

Pour reprendre les paroles du philosophe Henri Pena-Ruiz, avec qui je suis tout à fait en accord sur cette question, la laïcité « fournit à des hommes d’origines très diverses un cadre commun universel, délivré des traditions rétrogrades. Ainsi elle les unit tous en conjuguant le respect des différences et l’émancipation de chacun ».

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