Une occasion historique

Cher Premier Ministre,

Devinant que votre horaire est chargé (c’est un euphémisme), je serai bref. Je vous écris pour vous inviter, au sens le plus fort du terme, à vous joindre au mouvement amorcé courageusement par le président Biden : boycottez les JO de 2022 ! En effet, l’annonce du président Biden représente une occasion historique pour la communauté internationale, et plus particulièrement pour le bloc nord-atlantique, de faire pression sur la puissance chinoise ascendante. Une action concertée avec les États de la communauté européenne, du Commonwealth et de la Francophonie pourrait constituer un tournant décisif non seulement pour la défense des communautés opprimées en Chine (les Ouïgours et les Tibétains, notamment), mais aussi pour l’élargissement des libertés politiques de la population dans son ensemble, et pour la déstabilisation du régime de surveillance et de contrôle chinois. Face au joug de la propagande du Parti communiste, seule une « crise diplomatique » d’une telle ampleur recèle le potentiel d’interpeler la population chinoise, et peut-être de l’inciter à l’organisation et à la contestation politiques.

Les considérations géopolitiques et économiques sont complexes (un autre euphémisme), cela va de soi ; mais ne pourrait-on pas dire exactement la même chose des Sudètes ou du Rwanda ? Ces parallèles sont ténus, mais non moins pertinents. Le changement historique ne peut se produire sans bousculer.

Au-delà des limitations et des contradictions propres aux démocraties libérales, le régime chinois fait flotter le spectre d’un futur politique bien plus sombre, droit tiré d’une dystopie orwellienne. Est-il nécessaire de rappeler (sans même avoir recours à un corpus historique bien plus accablant) :

- les camps de « rééducation » des Ouïgours ;

- les immolations de Tibétains lors du parcours de la flamme olympique en 2011-2012 ;

- le développement à bon train du programme de « crédit social » ;

- l’utilisation d’otages politiques contre le Canada…

Je vois en vous un citoyen cosmopolite qui, comme beaucoup de Canadiens, est attaché à la défense et à la garantie des droits et libertés, non seulement pour la population canadienne et celle des Premières Nations, mais aussi pour tous les peuples de cette planète. La prise de position des Communes quant au génocide des Ouïgours n’était-elle qu’un bavardage parlementaire de plus ? Le maintien de la neutralité sous prétexte de non-politisation des Jeux est une forme de politisation, et procède d’une position politique classique : la complicité. Sur ce, je vous demande sans détour : comment voulez-vous que la postérité se souvienne de vous ? Êtes-vous du bon côté de l’Histoire ? En espérant que cette lettre se rende à bon port.

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