Mais qui gardera les gardiens?

Cet adage latin antique nous incite à nous demander qui, dans la société, supervise les personnes investies d’un pouvoir discrétionnaire, par exemple celui de dépenser des fonds publics, de juger, d’élaguer.

Le 25 novembre dernier, dans l’article « Des titres jeunesse trop blancs pour les bibliothèques scolaires », la journaliste du Devoir Catherine Lalonde évoquait le choix de la bibliothécaire au Centre de services scolaire des Mille-Îles, Lyne Rajotte. Selon l’article, celle-ci, pour répondre aux besoins des 72 bibliothèques qu’elle gère, a pris il y a quatre ans, la décision « d’acheter 100 % des livres jeunesse où un enfant de la diversité apparaît. Ce livre-là, on l’acquiert, bon ou pas ».

Deux ans plus tôt, le Conseil scolaire catholique Providence, en Ontario, entreprenait sous la houlette de la « gardienne du savoir » Suzy Kies, la destruction d’un peu moins de 5000 livres jugés discriminatoires et véhiculant des préjugés contraires aux principes de l’exclusion. Le dossier a été largement commenté dans la presse et le public il y a quelques mois. Le fait d’acquérir un livre, « qu’il soit bon ou pas », de même que celui d’en détruire un autre, dans les deux cas sous couvert d’inclusion, soulève des questions qui sont loin d’être anodines.

Qui décide des politiques d’acquisition ou d’élagage des bibliothèques scolaires ? Et qui supervise ceux qui prennent de telles décisions ? Le dossier est complexe, et il n’entre pas dans mon propos de porter un jugement sur la valeur ou la pertinence de l’inclusion des minorités dans la société, mais bien de nourrir une réflexion sur la manière dont nous voulons nous y prendre pour réussir cette transition harmonieusement. Puisqu’il est question d’inclusion, ne serait-il pas judicieux, précisément, d’inclure dans le processus des représentants des communautés concernées ? En particulier lorsqu’il s’agit d’éliminer ou d’acheter des livres dans les bibliothèques scolaires ?

À voir en vidéo