L’appétit d’Ottawa dépend du menu

Tous les parents ont vécu cette situation où un enfant refuse de manger ses légumes en prétextant n’avoir plus faim, pour ensuite retrouver miraculeusement l’appétit au moment du dessert. C’est ce qu’inspiraient les ministres Mélanie Joly et Pablo Rodriguez lorsque, le 23 novembre dernier, ils ont justifié leur inaction dans le dossier du trafic d’armes de poing en prétendant qu’il s’agissait d’une « responsabilité partagée ».

Ainsi, lorsque avant les élections le gouvernement Trudeau était invité par plusieurs au Québec à légiférer pour interdire les armes de poing partout au Canada, il n’avait pas du tout d’appétit pour l’utilisation de ses prérogatives. Encore aujourd’hui, Justin Trudeau préfère éviter de froisser l’ouest du pays en balançant cette responsabilité dans la cour des provinces, quitte à condamner toute mesure d’une province pour contrer la circulation des armes de poing à l’inefficacité, du fait du laisser-faire des provinces voisines. Il appartient aussi à Ottawa de renforcer les contrôles aux frontières, compétence entièrement fédérale. Mais voilà qu’Ottawa y voit soudain une « responsabilité partagée » pour justifier son inertie.

Le gouvernement Trudeau est pourtant affamé lorsque vient le temps d’envahir les compétences du Québec en voulant, par exemple, conditionner les transferts en santé à des normes fédérales dans nos CHSLD. Autrement dit, les libéraux fédéraux voient donc où il n’y en a pas des « responsabilités partagées » pour ne pas faire les gestes dont ils devraient être les seuls responsables ou pour se mêler de ce qui ne les regarde pas. Voilà ce qui arrive lorsque, comme MM. Trudeau et Rodriguez ainsi que Mme Joly, on se fait les représentants d’Ottawa au Québec plutôt que les représentants du Québec à Ottawa.

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