Les limites de la Loi sur l’équité salariale

Comme on le sait, la Loi sur l’équité salariale se fonde sur l’idée que, à travail de valeur équivalente entre les groupes de femmes et d’hommes concernés, un traitement salarial identique s’impose. Ainsi l’exercice consiste-t-il, après avoir répertorié dans l’entreprise les groupes à prédominance féminine ainsi que les groupes à prédominance masculine, à procéder à l’évaluation des emplois respectifs, à l’aide d’une grille d’analyse permettant de mettre en évidence les emplois à prédominance féminine ayant une valeur équivalente aux emplois à prédominance masculine.

Le constat d’écarts salariaux en défaveur du premier groupe commandera alors le redressement salarial requis. Cela étant dit, mon propos vise un article paru dans Le Devoir des 20 et 21 novembre derniers, en page E 6, intitulé « Loi sur l’équité salariale », qui indiquait que « 59 cents c’est ce que touchait en moyenne une femme racisée pour chaque dollar gagné par un homme non racisé au Canada en 2015 ». De cette donnée brute, certes impressionnante mais dont on ne connaît ni la source ni, conséquemment, le type d’analyse qui y a conduit, on ne peut rien inférer sur le plan des correctifs recherchés. Pour le moins, on peut penser que ces chiffres ne résultent pas d’une évaluation comparative — femmes racisées–hommes non racisés — d’emplois de valeur équivalente. S’agirait-il plutôt d’une mise en relief du fossé qu’ont à franchir les femmes racisées, comme d’ailleurs d’autres catégories de personnes « marginalisées », pour accéder à des fonctions mieux rémunérées ? Ce qui soulève une question d’un tout autre ordre que celle à laquelle s’attaque la Loi. Comme quoi lancer des chiffres ne suffit pas forcément à assurer la crédibilité d’une cause, aussi louable soit-elle.

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