L’effet de l’anglicisation 

Il y a quelques semaines, juste avant le gala de l’ADISQ, il y a eu des entrevues avec des artistes qui étaient en nomination pour un Félix, et une de nos plus brillantes et éloquentes artistes a répondu à la question sur le fait qu’elle était en nomination pour plusieurs prix : « j’ENJOY le moment ! »

Surprise ! Étonnement et déception !

Plusieurs questions se posent à la suite de cet exemple, qui est loin d’être le seul que l’on peut citer. La veille, l’invité à la très bonne émission En direct de l’univers a plusieurs fois parlé de «move » nécessaire pour innover dans le monde de la télé. Je viens de citer deux francophones qui gagnent leur vie avec le français et qui, par ailleurs, disent sûrement qu’ils aiment la langue. Je pourrais ajouter plusieurs autres exemples à cette liste.

Encore hier soir, un jeune auteur et comédien parlait de « small talk » et « screen capture » sans manifester la moindre gêne.

Pourquoi cette idolâtrie de la langue anglaise ! Est-ce que l’on devient plus crédible en utilisant des mots anglais ? Est-ce que la langue française est une sous-langue pour exprimer certains concepts et qu’il faut à tout prix avoir recours à l’anglais pour être à la mode ?

On ne peut regarder une émission de la télé publique où on donne la parole aux artistes ou aux personnes de divers horizons sans se faire nourrir de mots ou d’expressions en anglais. À force de se faire nourrir ainsi, c’est notre langue qui va mourir.

Le gouvernement du Québec veut renforcer la loi 101 avec le nouveau projet de loi 96 et ses timides mesures qui ne pourront contrer l’effet de l’anglicisation. Est-ce la solution ?

Il n’y a pas si longtemps, le discours prononcé uniquement en anglais par le président d’Air Canada a suscité la réprobation générale, mais Christian Dufour, politologue, a souligné avec justesse qu’aucun francophone sur place n’a protesté ou même n’a quitté la salle en guise de protestation. Cela en dit long sur notre volonté individuelle de défendre notre langue.

Comment en vouloir à des nouveaux arrivants de choisir l’anglais, quand ils constatent que même les francophones ne tiennent pas plus que ça à leur langue ? Il est là, notre défi !

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