«Dieu tout-puissant, nous te remercions des nombreuses grâces que tu as accordées au Canada…»

Voilà comment débute chaque séance de travail à la Chambre des communes à Ottawa, et ce, malgré le jugement de la Cour suprême qui avait conclu, en 2015, lors du débat sur la prière au conseil municipal de la ville de Saguenay, que « la prière a un caractère religieux et que, par sa récitation, la Ville et son maire favorisent une croyance religieuse au détriment des autres, ce qui contrevient à l’obligation de neutralité de l’État ».

Comment est-ce possible ? Nos parlementaires ne sont-ils pas soumis aux décisions du plus haut tribunal du pays ? Eh bien non, les assemblées législatives et le Parlement à Ottawa jouissent d’un privilège parlementaire. Ils ne sont donc pas tenus de se soumettre aux décisions de la Cour suprême. Pour modifier un règlement de la Chambre, un député doit faire approuver, par la majorité, une motion sur le changement proposé.

En 2019, les députés libéraux et conservateurs se sont opposés au remplacement de la prière par un moment de recueillement, comme suggéré par les députés du Bloc québécois. Or, cette simple modification aurait permis de respecter la liberté de conscience de chacun, mais aussi la neutralité religieuse de l’État. En fait, cette opposition des principaux partis fédéraux à la neutralité religieuse de l’État n’est pas étonnante, ils sont fidèles à la Constitution de 1982, imposée au Québec, et qui débute par : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu… ».

Cela explique aussi leur farouche opposition à la Loi sur la laïcité de l’État du Québec, qui concrétise la séparation de l’État et des religions. Cela explique aussi la tolérance accordée, par le Code criminel canadien, au discours haineux lorsqu’il est prononcé de bonne foi et basé sur un texte religieux ou encore les énormes avantages fiscaux accordés par Revenu Canada aux organismes qui font la promotion des religions. Le Canada persiste et signe : il tient à la présence de Dieu dans nos vies et dans la gestion des affaires de l’État. De toute évidence, le Canada n’est pas un pays laïque, il favorise les religions dans l’esprit et dans la lettre.

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