L’état du français au Québec

Je suis restée stupéfaite devant le nombre de réactions suscitées par les propos du p.-d.g. d’Air Canada, Michael Rousseau.

Non pas que je nie l’arrogance de ses paroles, mais bien parce que la langue française ne fait plus remuer stylo et papier depuis longtemps. On constate la lente agonie du fait français au Québec avec indifférence, comme on observerait l’inéluctable vieillissement de nos parents.

La francophobie de M. Rousseau ne nous détourne-t-elle pas de problèmes plus profonds ? S’il y a tout lieu de s’indigner d’un tel mépris, n’est-il pas curieux que d’autres phénomènes, qui contribuent de manière plus décisive à l’anglicisation du Québec, ne fassent l’objet d’aucune chronique, d’aucun débat, d’aucune indignation ?

Par exemple, cette semaine, Le Devoir nous apprenait que « le nombre d’étudiants étrangers anglophones augmente au Québec », alors qu’« entre janvier 2020 et septembre 2021, Ottawa a […] refusé 35 642 candidats des principaux pays francophones du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest qui voulaient venir au Québec ». Selon les projections démographiques du chercheur Charles Gaudreault, qui se base sur les tendances migratoires pour ausculter la question du fait français en Amérique, les francophones seront minoritaires au Québec en 2042. N’est-ce pas urgent qu’on ait un véritable débat de société — une discussion apaisée et rationnelle — autour de l’immigration au Québec, principal facteur d’anglicisation de la province ? Avant que les polémistes ne s’en emparent…

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