CHSLD: une tragédie nationale

Si personne n’est à blâmer, qui donc est responsable ? Voilà la question qui me vient à l’esprit spontanément à chaque réponse fournie aux questions pointues de la coroner Géhane Kamel dans le cadre de l’enquête portant sur l’hécatombe en CHSLD lors de la première vague. J’espère qu’elle outrepassera le cadre de son mandat et recommandera la création d’une enquête publique portant, entre autres choses, sur la hiérarchie, la compréhension et l’exécution des responsabilités au sein des ministères de la Santé, des Aînés et des Proches Aidants, des CIUSSS et des CISSS.

Je relis en boucle les explications du Dr Arruda, de Natalie Rosebush et de Mme McCann, et j’en tire le sentiment qu’eux-mêmes ne saisissent pas encore l’ampleur du désastre qui aurait pu et dû être amoindri. Sur la défensive, le haut palier décisionnel savait et a accompli sa part de responsabilité en déléguant, tout cela exprimé avec un aplomb et une rationalité à faire froid dans le dos.

En janvier 2020, des milliers d’aînés et leurs familles ignoraient qu’ils seraient condamnés à traverser une tragédie, coupés les uns des autres. À la suite de la première vague, les survivants ont souffert eux aussi. [...]

François Legault semble multiplier les diversions, comme s’il cherchait à détourner l’attention des médias de ces indices, livrés à la coroner, de la faillite monumentale à protéger les plus vulnérables dans notre société.

Ce qui devrait nous faire beaucoup plus réagir, ce sont les avis très critiques du Dr Réjean Hébert, du Dr Quoc Dinh Nguyen, du Dr Vinh-Kim Nguyen. L’un dénonce l’âgisme systémique, voire le manque de révolte quant à l’hécatombe ; l’autre condamne le retrait du jour au lendemain des proches aidants, alors que le personnel soignant, dépassé et mal protégé, continuait à propager la maladie ; le dernier conclut à une forme d’euthanasie sans guillemets chez des aînés qu’on aurait pu sauver en les hospitalisant sans tarder.

La gestion de la pandémie en CHSLD soulève trop de questions épineuses sans justifications valables des prises de décisions. Les proches aidants, on ne les a pas assez écoutés ni entendus. Il faut pleinement leur permettre de prendre la parole et de dénoncer l’inhumanité de cette tragédie honteuse, dont nous portons nous aussi une part de blâme. Il y va de notre vieillissement à tous.

À voir en vidéo