Un Rousseau près de chez vous

L’allocution du p.-d.g. d’Air Canada en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain a eu pour effet de faire de lui une cible de choix pour celles et ceux qui se préoccupent de la détérioration de la langue française et de notre destin national. Une cible trop grosse pour ne pas être atteinte facilement par la réprobation générale. Mais qu’en est-il des positions publiques et des actions de nos « élites » francophones concernant la dégradation de la situation linguistique au Québec ?

Concentrons-nous sur les objections à étendre l’application des dispositions de la loi 101 au réseau collégial. Pourquoi soutenir que le français doit être la langue de travail au Québec, tout en continuant à former de plus en plus de jeunes francophones et allophones en anglais ? D’ailleurs, on nous apprenait récemment que les allophones sont maintenant majoritaires dans les établissements collégiaux anglophones. Pourquoi nier les impacts de la socialisation des jeunes adultes en anglais sur l’anglicisation grandissante de Montréal ? Si nous voulons renverser la tendance, étendre l’application de la loi 101 au collégial est impératif.

La Fédération des cégeps a manifesté « son soulagement et sa satisfaction de voir le gouvernement du Québec maintenir le “libre choix” comme principe général en matière d’enseignement supérieur ». Pour celle-ci, « il ne s’est jamais agi d’une proposition rassembleuse et mobilisatrice, porteuse d’un éventuel consensus social ». S’il avait fallu attendre qu’un consensus social existe en 1977, la loi 101 n’aurait jamais vu le jour. L’attitude des membres francophones de la Fédération des cégeps s’inscrit essentiellement dans leur volonté de ne pas se mettre à dos les puissants établissements anglophones. La cohésion interne prime la pérennité de notre langue. Sans doute que vu du Dawson College, le French-Canadian pea soup existe encore.

Étonnamment, dans la même foulée, la présidente de la CSN, Caroline Senneville, a indiqué en commission parlementaire que son organisation n’était pas favorable à l’application de la loi 101 au réseau collégial. Pour celle-ci, « ça s’adonne qu’on a quelques membres qui nous paient des cotisations syndicales et qui aimeraient bien garder leurs emplois ». Alors que le cégep de la Gaspésie et des Îles a un campus anglophone à Montréal, que l’appétit du Dawson College est gargantuesque, il ne faut pas compter sur la CSN pour adopter une position qui viendrait heurter les syndicats des collèges anglophones. Une prise de position pour les cégeps francophones risquerait de mettre en péril les précieuses cotisations syndicales des Anglos. Pour la CSN de madame Senneville, c’est money talks.

Bref, les prochaines semaines nous diront si nos « élites » politiques, avec en tête les membres du gouvernement caquiste, oseront cibler les mesures qui permettront de renverser la tendance, notamment en étendant l’application de la loi 101 au collégial.

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